Les fantômes du placard

fantomesduplacardbann

De temps en temps, il m’arrive d’avoir trop de choses à exprimer, à écrire, à hurler, pour en faire plusieurs notes structurées, bien séparées par des murs invisibles qui empêcheraient – peut-être – aux problèmes de se mélanger. Parfois c’est … Lire la suite 

mouRIRE

Je suis assez fort. Bouillie de ricanements informes. Solution insoluble, plate ligne droite dans le noir d’un écran vide, jamais, vous m’entendez, jamais. Jamais la peur ne me mettra à terre. Jamais plus l’angoisse fera de mon corps son champ de bataille. Jamais plus mon sang ne coulera, ni pour les autres, ni pour moi. Pilule blanche éclate de rire, son cristallin entre mes dents, gloussement d’estomac plein ; Je fais le vide. Vague tentative d’énervement, avoir l’air – ne riez pas – plus vivant. Avoir l’air heureux. Blanc. Plein d’une joie surfaite, mais plein de joie aux yeux des passants. Ma pilule beauté, ma pilule sourire, ma pilule éclat de rire. Pilule sauveuse des apparences, je sombre, mais rayonnant. Je suis mort, mais en riant.

Je ne suis plus là.

Absurde moment suspendu,

Mort dans mes propres bras.

Absurde corps relâché,

Mort sans rien, vide et nu.

Absurde tête coupée,

Mort, sans rire, souffre Divin.

Absurde cri étouffé,

Mort et rire ;

Absurde Cynisme…

 

mouRIRE

RIRE

 

R.I.P

Oskar K Cyrus

L’Heure du Repos

Tranquille douleur, douceur mourir. Sur le goudron plombé par les pas des passants, sur les pavés mouillés et froids, sous la vive écorchure du vent, pressé je ne sais pourquoi, allant je ne sais plus où, m’arrêtant à cet arrêt de bus, glacé, neigeux, brumeux, mourant : ce sont les seuls quatre mots qui sont sortis de ma bouche. Je n’ai su comment arriver jusqu’ici. Ne plus apprendre autrement que d’avoir trop chuté, je suis encore tombé. Bus treize, dix heures, arrêt trente-trois. J’entends dans un froissement de plumes le dernier envol d’oiseaux de nuit qui s’en vont être libre, ailleurs qu’ici. Plus loin, autour des trottoirs, les pas des gens pressés qui se retirent très vite, évitant ce banc, cet arrêt, le boulevard et la nuit, me laissant seul, aveugle et sans souffle. Seul s’agite encore la danse frénétique des rats grignotant le trottoir et leur morceaux de caniveau. Seul est cet écho quand s’éteint même le souvenir du dernier bruit de moteur.

Silence, le silence amer qui rend tous les soupirs tremblants, la voix incertaine, le noir angoissant. Dix heures une, dix heures deux, dix heures trois. Claquement sec et sonore au cœur de l’Horloge, dérapage, enraillée pendule de noir, caprice, folie. Débordement.

Silence. Silence de mer, murmure vague, étendue déserte,

Le sol est

En eau.

Funambule sur le trottoir, dix heures quatre, dix heures cinq, dix heures six ; le temps fragile, pas si immobile, au fond, le trajet en train, l’accident, l’explosion sourde, les morts. Funambule, le silence sous ton pas aveugle, funambule.

Dix heures sept

Dix heures huit

Dix heures neuf

Stop. Voyage de nuit. Train d’enfer, bain d’ennui.

Stop.

Silence bas, funambule, angle droit

Douloureux,

Un coin tranquille.

Stop.

Dix heures neuf, bus treize, arrêt trente-trois.

Stop.

Pause. Plutôt mourir, douceur tranquille. Je laisse ma canne tomber de mes mains. Bus treize, arrêt trente-trois. Un passant perdu court à en perdre haleine, je crois qu’il se retourne pour me voir, il fuit. Il est lâche. Il est comme les autres. Ce n’est qu’un passant. Dix heures neuf, pause.

Je le sens arriver. Vite. Il est comme un anti douleur – vite ! – lent qui se propage, dans les veines sales ; il a ce même murmure, cette morsure feutrée qu’ont les derniers moments, dernier recours. En général, on essaye de l’éviter. Dix heures, on fuit. Cet arrêt, trente-trois, bus treize. Dix heures : on fuit.

Dix heures neuf. Le sol tremble, il est une feuille de papier qu’un souffle agite fort et tremble, non sans douleur, moi aussi. Silence. Il y a un grondement sourd. Cliquetis énervés, minute, seconde. Dix heures neuf. C’est bientôt l’heure. Vite !

En général, les gens essayent de l’éviter. On ne s’assied pas à cet arrêt, et quand bien même on s’y assoit, on trouve toujours une raison de repartir.

Il faut être funambule, être sur les toits du monde, aveugle, errant de ciel en ciel, vite, vite, trouver. Trouver la bonne raison qui me fera fuir.

La sérénité,

Poison.

La joie,

Mensonge.

L’être,

Parti.

Vivre,

Condamné, damné, tout ce que tu veux. Vivre ?

Le goût du jeu,

J’abandonne.

La fuite,

L’absurde.

Pardon.

Je jette comme ça sur la toile de mon esprit ce pitoyable mot d’excuse. Comme j’implore à genoux, vaincu et misérable, ma bonne conscience, de me laisser sept vies encore et différentes, mourir lointain, tranquille serein, mourir douleur. Ce mot, Pardon, est comme une mauvaise blague. Tu ne l’as pas vraiment dit. Tu n’aurais pas osé. Ça veut dire quoi ? Pauvre imbécile. Tu le sais ? Non. Tu ne le sais pas, tu ignores tout du regret. Non. Ça non plus. Non. Ce n’est qu’un faux atout, un simple joker. Pardon.

Plein d’excuses et de trains fantômes, sur les rails défoncés du désert et de l’océan. Funambule. Sur le toit un homme, seul et sa bouteille, son désespoir. Dans sa chute sa rédemption. Dans la lune un sourire. Dans son verre un soupir.

Pardon,

Inutile. Faux acteur. Jeu debout. Blême fureur.

Assassin, crève-cœur.

Joker, Pardon.

Pardon.

Et son verre s’est brisé dans un éclat mourir.

Sur ta peau en tremblant j’avais imprimé la marque de mes mains. Le plus grand amour, la plus faible illusion, le plus grand crime. Sur la chute des palmarès de vente, j’étais en premier : tueur en série, froid, distant, tu étais mon crime – le seul sur la liste.

Tu étais un corps d’espoir mort éperdu, cherchant encore de tes yeux vides, et dans un ciel qui l’étais tout autant, la moindre chance de te fuir. Mais tu avais à ton bras comme de maigres cicatrices, sous tes putains de seringues où tu cherchais le vide, tu n’aurais pas passé le cap de l’espérance. C’était trop tard, tu aurais beau avoir cherché à le connaître, tu n’aurais pas pu. Je le sais. Dépassé par le temps, freiné par le vent. Tu n’étais qu’un violent contre-sens.

Espoir,

Du vent.

Agité, paniqué, tremblant, j’ai le souffle court mais tout ça je le sais. Personne ne viendra m’aider. Il faut juste que je parte ou que je reste. Je sens ses roues sur le goudron glacé. Dix heures neuf, bus treize, arrêt trente-trois.

Du vent,

Cauchemar.

Autour de ton cou la ceinture violette de mes doigts. Sur ton lit blanc d’hôpital tu n’étais pas un héros, juste un homme pitoyable que je venais de tuer. Un très grand crime, un grand amour. Ton sang sur mon sang était comme un miracle. Non, pas de miracle. Juste des faits tragiques qui se succèdent. Juste l’histoire humaine. Dans tes orbites creusés tes yeux révulsés par la crainte et la fureur de vivre m’ont persuadé de ne plus rien y voir. De ce monde. Funambule.

Acide. Brûlé mes yeux avec l’acide. Tu sais que ça fait mal ? Tu n’étais pas un héros. Moi j’étais bien plus que ça : un tueur. Ton joker, pardon. Ta rédemption. J’étais une saloperie d’alibi dans ta tête. Un tueur, aveugle. Un héros. Un vrai héros : putain je t’aimais.

Tu veux que je pleure.

Dis-le.

Crache.

Dis-le. Je le sais. Tu veux que je craque.

Tu veux que je m’effondre.

Je t’aimais.

J’étais comme une étoile filante dans ton ciel vide, un funambule sur le fil du rasoir, saignant par les pieds d’une pluie rouge et sacrée, je n’étais qu’un homme pitoyable. Un homme aveugle et pitoyable. Je n’ai été qu’une petite météorite dans ton ciel de plâtre obscur. Dans ta sale nuit de camé. Je t’avais juré.

Je ne sais plus quelle heure il était.

Il est dix heures neuf et les secondes repassent. Je suis assis à un arrêt de bus, le trente-trois, bus treize. Je compte les instants qui me restent et puis je me résigne. Je n’ai pas trouvé. Même mes excuses d’aveugle, je n’en veux pas. Je me fous des étoiles, et de cette plage où je suis étendu à côté de ton cadavre. On entend le murmure assoupi de la dernière marée. Dans le vrai ciel bleu baigné de soleil, les derniers oiseaux s’envolent…

Moi, j’attends l’Heure du Repos.

Dix heures neuf, dix heures dix.

Dix heures dix.

Je sens sur mes mains la lumière chaude des phares qui ont déchirés la nuit. Je le sens qui s’avance et puis qui ralentit. Sur le macadam déchiré on n’entend plus que la pluie. Les portes s’ouvrent sur des murmures calmes et doux. On me lève par des bras de vent. Je sens un souffle malade.

Tranquille douleur, douceur mourir.

Victoire

Dessin de Leandro David Leiva Torres (Chili)

Sur la terre, près de la mer, une chose attend. Ce n’est pas très grand, un peu noir, un peu blanc. Ça attend. Arrivé le soir, pas pour autant, c’est là sur le sable brillant du coucher de soleil, ça ne bouge pas ; ça n’a pas de nom. Ça attend. Ce n’est ni une pierre que vient lécher la vague curieuse, ni une algue, ni un bateau, ce n’est pas grand. Un peu noir, un peu blanc.

Attendre.

Ce n’est pas au loin, ni derrière, c’est là, devant la mer, face au vent. C’est long et curieux, c’est silencieux, on ne l’entend pas qui respire, mais c’est ici, sur le sable blanc, sous le ciel noir lumineux, ça attend. Pas un mouvement, pas un regard, pas un crachat. Sur la plage semi déserte, on l’ignore, ou on essaye… On passe devant. On l’écrase d’un pied sûr et volontaire, on s’en va. Ils l’oublient là, gisant sur le sable mouillé par la vague, là, ici, c’est ainsi maintenant. On innove, involontaire, c’est certain.

C’est ivre.

Ça cadence, ça balance, ça chaloupe un peu, et pourtant ça n’est pas en pleine mer. On croirait, oui, comme ça danse, là, allongé sur l’étendu sableuse et sale, comme ça chavire comme sur des vagues.
Ça se lève, ça se dresse comme un sauvage coup de talon, porté là en bas de son dos informe, c’est là, maintenant, parterre, qui décolle et puis vole, c’est comme de la fumée au bout d’une longue cigarette, qui danse et ruse, change, se déguise et fond comme un autre fantôme sur la lumière rouge où il est écrit « Exit ».
Ça bourdonne, ça siffle, c’est tout entier un long murmure sans respiration qui va en grossissant. Grand, gros, gras. Ça chante comme une machine de rouille et de fer, ça piaille comme un oiseau enroué, comme un cheval fatigué, c’est exténué : ça souffle, ça s’allonge, ça s’arrête.

Le serpent. Le grand serpent roi ténébreux des anges blonds du bon Dieu. Le long ver lombric boueux d’une terre humide et molle, sans racine et infertile. Le long serpent noir aux yeux verts. Qui siffle. Qui damne.

Qui danse.

Sur son front est marquée sa fureur de vivre. Sur son front, au dessus de ses deux yeux fermés – il est comme un poète, étendu là sur la plage, quand les passants l’enjambent ou l’écrasent – au dessus de sa face de vieux reptile fatigué et saoul, une trace d’écailles blanches, allant comme un « V ».

Le V de vaincu,
Le V d’étoile verte,
Le V de vivre,
Le V d’ivresse,
Le V d’ouvrir,
Le V de vent,
Le V du souffle sourd de la colère des gens.

Le V de Victoire.

Cette nuit, dans mon lit était l’odeur du massacre

Sur le pavé sombre du sang de la révolte, poisseux, grouillant, se couchait l’ombre morte et sans soupir des arbres tondus, les charognes de caillasse éparpillées là sans un ordre, l’urine des soldats mêlée à leur mépris, couvrant encore l’odeur du viol et de la chair estropiée. Des montagnes, devant, derrière, et à perte de vue, effaçant même toute mémoire du mal : là, partout autour et partout sur cette Terre s’élevaient des montagnes immondes de cadavres nus.
Le ciel était de feu, noir tout au dessus, couronné de rouge et de lumière de sang. La terre n’était plus de la terre, mêlée aux entrailles elle était une substance molle et vivante, qui semblait respirer.
Moi, je ne savais même pas si j’existais ici. Je ne voyais pas mes mains, ni mes pieds, je ne me connaissais pas de corps, je n’avais ni douleur ni plaisir, seulement la vue, l’ouïe, l’odorat, et l’horreur sourde de hurler sans écho. La terreur. La véritable terreur. Je ne pouvais presque faire aucun mouvement. Je ne pouvais que tourner sur moi-même. Et je hurlais. Mais je n’avais pas de voix sous la chaleur étouffante du lourd crépitement des flammes.

Je ne sais pas si c’était l’enfer. Il me semble que non. Ou peut-être que si. C’était l’enfer sur Terre. Ni en dessous, ni au dessus, ni ailleurs qu’ici, le lieu où je me trouvais.

Je ne pouvais pas m’échapper.
C’était inévitable.
Insoutenable.

Dans les flaques d’une boue incertaine, derrière moi, j’ai entendu le pas lent d’un cheval. Je me suis retourné. Rayonnante, chevauchant une monture squelettique au milieu d’anges blancs maigres et terrifiants, semblant flotter sous l’étendard de Dieu, sous la lumière même de son paradis espéré – là, calme et dure, invincible, se tenait Jeanne d’Arc.

Les anges m’ont regardé. Ils me voyaient.
Avais-je un corps ?
Je ne sais pas. Ils m’ont regardé soudain. Elle aussi.
Et puis étirant leur sourire, dévoilant ainsi deux rangées de dents pointues,
Mouvant leur maigreur au dessus du sang fumant,
Tendant vers moi des mains aux doigts brûlés,
Et s’arrêtant pour m’inviter,

Ils se mirent à rire.

Et puis tout s’est figé, je n’ai plus rien entendu de tout ça. Quand le noir s’est fait, brutalement, mais ressentant la même chaleur et – je ne sais pourquoi – une honte mortelle, des bruis d’étoffes, un confort certain, quelques chuchotements, et puis une voix déclarant à je ne sais qui, peut-être à moi, peut-être à quelqu’un d’autre :

« Seigneur, c’est évident,
Maintenant, et voyant cela,
Sans aucun conteste,
Vous êtes un poète ! »

No Happy End

Nous voilà à l’heure où, épuisé, on regarde derrière pour se rendre compte du désastre. On n’y voit que du feu. Des flammes, des flammes, un vent brûlant, que des lambeaux d’une civilisation qui, il est vrai, ne se portait pas très bien. Déjà le monde. Déjà la pluie sur l’orage qui nous fait rendre compte de l’heure tardive. Sursaut soudain, on regarde l’heure – tardive – il est juste près de minuit et quand la cloche sonnera, il le sera, minuit, l’angoisse avec et les fantômes qui nous viennent de l’intérieur. On y croira assez, à cette supercherie superbe, à ce décor en carton, on aura très peur, on ne dormira pas. Pause. On regarde le plafond, qui n’est pas plus gris que le ciel, mais juste un peu moins froid. Un peu plus près. Pause. On regarde le plafond, qui est le seul qui peut nous tomber dessus. Notre petit ciel de déprime ordinaire, un peu de pluie sans beaucoup de neige, pas assez froid, il ne reste qu’une déchirure d’espoir, abandonnée au coin d’une boite et qui se meurt parce qu’il n’y a plus rien à voir. Plus rien. C’est l’insomnie, m’a-t-on rapporté, d’un coin de rumeur au coin d’une rue au coin d’une ville au coin d’un autre pays. C’est l’insomnie, et qui veille, et qui veille! On aura beau dire: c’est le diable! Tout le monde s’en fiche, c’est le diable, et bien oui, c’est un démon, et bien oui, mais je ne peux pas dormir ; ou alors, c’est une plaie! et bien oui, c’est une plaie, elle fait mal, tu as mis du sel dessus avec tous tes fantômes, tu la rouvres parce que tu veux pleurer, tu plantes un autre couteau dedans, plus grand, et bien oui, c’est une plaie, c’est la tienne, et si tu la refermes, il restera quand même, à cet endroit précis, une énorme cicatrice. Pas de chirurgie, ce n’est pas possible.

Il faut partir.

Et tu regardes le monde. Tu t’assieds juste là, sur une colline au dessus de la ville, un peu de nuit reste encore accrochée au bout de chaque lampadaire, tu regardes les lumières s’éteindre et le jour se lever. Tu regardes, il n’y a plus qu’un tas de charbon où pataugent les tiens. Tes frères, tes sœurs, tes congénères de caniveau, des rats qui ne cherchent rien d’autre qu’un trou pour passer le restant de leur vie. Un peu tranquille, n’ayant qu’une préoccupation, éviter tant bien que mal le raticide. Au loin, tu es à l’ouest, face à l’est, et tu regardes, au loin, le soleil qui se lève. C’est beau oui, pas longtemps. C’est beau mais éphémère, quand un grondement te rappelle. La colline. La colline n’est pas à toi, ni la plaine, ni les montagnes, ni la forêt, ni ta maison, non, rien ne t’appartient – un grondement te réveille – tu n’es même pas ton propre propriétaire, car certains prétendent que l’on n’appartient qu’à Dieu. Dieu.

Dieu, il ne veut même pas de toi. Tu as pourtant le droit de vivre, mais non, Dieu ne te veux pas, tu n’est pas des leurs, mais tu lui appartiens. Petit, petite ombre d’humain, tu lui appartiens. Tu cherches un autre endroit. Tu te couches – tu ignores – et tu t’endors. Dors, petit, dors…

Ta montre s’est arrêtée.

Tu ignores, tu te lèves, tu marches. Tu ignores. Encore. Tu marches, tu essayes de t’échapper, tu cours. Tu trébuches, tu ignores, tu te relèves, tu tombes. Encore. Tu t’effondres, tu fonds, tu pleurs. Petit con. Tu es trop faible. Petite merde. On t’avait dit. Reste-là. Ne t’échappe pas. Petite ordure. On te l’avait dit. Reste-là.

Tu ne pouvais pas.

Avec raison. On te doit le pardon. Ne reste-pas. Échappe-toi. Cours vers l’illustre, vers le salut, ne fut-ce qu’une illusion ; cours et ne dit jamais pardon, cours, oui, cours jusqu’à ce monde qui n’est qu’un autre mur, mais plus grand ; cours à ta perte, petite ombre, cours, et trébuche encore, bave encore, saigne, succombe à la douleur et à l’envie – ne te laisse pas aller – courage! Tu y es presque. Tu y arrive. Tu sais… l’heure du repos.

Tu t’arrêtes. Là tu sais qu’il n’y aura plus personne. Tu t’arrêtes au milieu du désert et tu succombes à la chaleur. La douleur te lance dans tes jambes maigres, tu n’as pas de reflet, tu es dans le désert. Bienvenue en enfer. Alors tu n’as plus de larmes – toutes évaporées – tu n’as plus de pleurs, tu les as tous usés. Tu regardes tes mains, elles sont vieilles, grises, desséchées. Tu touches ton visage, avec crainte, et tu y sens les rides, les années, les longs sillons creusés par les larmes, et ton histoire. Une ampoule grésillante qui s’éteint. La vérité? La vérité, c’est que tu es presque mort. Ta vie? Ta vie, tu n’as fait que courir. Ta nuit. Tu n’as fait que pleurer. Dormir, tu n’as même pas rêvé. Ton rêve. Ton rêve tu l’as oublié. Tes souvenirs. Laisse-les, rien qu’un lointain passé. Le jour? Tu regardes autour.

Tu regardes autour et le soleil se couche. Tu es à l’est, face à l’ouest et au loin, le soleil se couche. Le bilan. Une vie ratée. La leçon. Tout enterrer. Un sentiment? Non. Abandonner.

Rien qu’un Adieu.

——————————————–

No happy end. Tu regardes le monde quand tu te réveilles. Un mauvais cauchemar. Tu t’éveilles, tu as fait un putain de mauvais cauchemars. La fin de ta vie, tu dis. Tu n’en est qu’au début. Veinard, t’as vraiment cru que c’était enfin terminé. T’es trop con, des fois… Trop con. Tu te lève et tu vas à la fenêtre de ta chambre d’hôtel. Tu écartes les rideaux roses et tu regardes la friche industrielle, les voitures, les gens, les cons. Tu regardes le monde à travers cette petite télévision, tu cherches un peu de conscience, en vain…

Tu retournes te coucher, tu avales un cachet. Parce qu’au fond, tu le sais. A l’heure du repos, il n’y aura pas de Happy End.

Non, vraiment, No Happy End.

——————————————–

Sincères condoléances,

Oskar Cyrus