No Happy End

Nous voilà à l’heure où, épuisé, on regarde derrière pour se rendre compte du désastre. On n’y voit que du feu. Des flammes, des flammes, un vent brûlant, que des lambeaux d’une civilisation qui, il est vrai, ne se portait pas très bien. Déjà le monde. Déjà la pluie sur l’orage qui nous fait rendre compte de l’heure tardive. Sursaut soudain, on regarde l’heure – tardive – il est juste près de minuit et quand la cloche sonnera, il le sera, minuit, l’angoisse avec et les fantômes qui nous viennent de l’intérieur. On y croira assez, à cette supercherie superbe, à ce décor en carton, on aura très peur, on ne dormira pas. Pause. On regarde le plafond, qui n’est pas plus gris que le ciel, mais juste un peu moins froid. Un peu plus près. Pause. On regarde le plafond, qui est le seul qui peut nous tomber dessus. Notre petit ciel de déprime ordinaire, un peu de pluie sans beaucoup de neige, pas assez froid, il ne reste qu’une déchirure d’espoir, abandonnée au coin d’une boite et qui se meurt parce qu’il n’y a plus rien à voir. Plus rien. C’est l’insomnie, m’a-t-on rapporté, d’un coin de rumeur au coin d’une rue au coin d’une ville au coin d’un autre pays. C’est l’insomnie, et qui veille, et qui veille! On aura beau dire: c’est le diable! Tout le monde s’en fiche, c’est le diable, et bien oui, c’est un démon, et bien oui, mais je ne peux pas dormir ; ou alors, c’est une plaie! et bien oui, c’est une plaie, elle fait mal, tu as mis du sel dessus avec tous tes fantômes, tu la rouvres parce que tu veux pleurer, tu plantes un autre couteau dedans, plus grand, et bien oui, c’est une plaie, c’est la tienne, et si tu la refermes, il restera quand même, à cet endroit précis, une énorme cicatrice. Pas de chirurgie, ce n’est pas possible.

Il faut partir.

Et tu regardes le monde. Tu t’assieds juste là, sur une colline au dessus de la ville, un peu de nuit reste encore accrochée au bout de chaque lampadaire, tu regardes les lumières s’éteindre et le jour se lever. Tu regardes, il n’y a plus qu’un tas de charbon où pataugent les tiens. Tes frères, tes sœurs, tes congénères de caniveau, des rats qui ne cherchent rien d’autre qu’un trou pour passer le restant de leur vie. Un peu tranquille, n’ayant qu’une préoccupation, éviter tant bien que mal le raticide. Au loin, tu es à l’ouest, face à l’est, et tu regardes, au loin, le soleil qui se lève. C’est beau oui, pas longtemps. C’est beau mais éphémère, quand un grondement te rappelle. La colline. La colline n’est pas à toi, ni la plaine, ni les montagnes, ni la forêt, ni ta maison, non, rien ne t’appartient – un grondement te réveille – tu n’es même pas ton propre propriétaire, car certains prétendent que l’on n’appartient qu’à Dieu. Dieu.

Dieu, il ne veut même pas de toi. Tu as pourtant le droit de vivre, mais non, Dieu ne te veux pas, tu n’est pas des leurs, mais tu lui appartiens. Petit, petite ombre d’humain, tu lui appartiens. Tu cherches un autre endroit. Tu te couches – tu ignores – et tu t’endors. Dors, petit, dors…

Ta montre s’est arrêtée.

Tu ignores, tu te lèves, tu marches. Tu ignores. Encore. Tu marches, tu essayes de t’échapper, tu cours. Tu trébuches, tu ignores, tu te relèves, tu tombes. Encore. Tu t’effondres, tu fonds, tu pleurs. Petit con. Tu es trop faible. Petite merde. On t’avait dit. Reste-là. Ne t’échappe pas. Petite ordure. On te l’avait dit. Reste-là.

Tu ne pouvais pas.

Avec raison. On te doit le pardon. Ne reste-pas. Échappe-toi. Cours vers l’illustre, vers le salut, ne fut-ce qu’une illusion ; cours et ne dit jamais pardon, cours, oui, cours jusqu’à ce monde qui n’est qu’un autre mur, mais plus grand ; cours à ta perte, petite ombre, cours, et trébuche encore, bave encore, saigne, succombe à la douleur et à l’envie – ne te laisse pas aller – courage! Tu y es presque. Tu y arrive. Tu sais… l’heure du repos.

Tu t’arrêtes. Là tu sais qu’il n’y aura plus personne. Tu t’arrêtes au milieu du désert et tu succombes à la chaleur. La douleur te lance dans tes jambes maigres, tu n’as pas de reflet, tu es dans le désert. Bienvenue en enfer. Alors tu n’as plus de larmes – toutes évaporées – tu n’as plus de pleurs, tu les as tous usés. Tu regardes tes mains, elles sont vieilles, grises, desséchées. Tu touches ton visage, avec crainte, et tu y sens les rides, les années, les longs sillons creusés par les larmes, et ton histoire. Une ampoule grésillante qui s’éteint. La vérité? La vérité, c’est que tu es presque mort. Ta vie? Ta vie, tu n’as fait que courir. Ta nuit. Tu n’as fait que pleurer. Dormir, tu n’as même pas rêvé. Ton rêve. Ton rêve tu l’as oublié. Tes souvenirs. Laisse-les, rien qu’un lointain passé. Le jour? Tu regardes autour.

Tu regardes autour et le soleil se couche. Tu es à l’est, face à l’ouest et au loin, le soleil se couche. Le bilan. Une vie ratée. La leçon. Tout enterrer. Un sentiment? Non. Abandonner.

Rien qu’un Adieu.

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No happy end. Tu regardes le monde quand tu te réveilles. Un mauvais cauchemar. Tu t’éveilles, tu as fait un putain de mauvais cauchemars. La fin de ta vie, tu dis. Tu n’en est qu’au début. Veinard, t’as vraiment cru que c’était enfin terminé. T’es trop con, des fois… Trop con. Tu te lève et tu vas à la fenêtre de ta chambre d’hôtel. Tu écartes les rideaux roses et tu regardes la friche industrielle, les voitures, les gens, les cons. Tu regardes le monde à travers cette petite télévision, tu cherches un peu de conscience, en vain…

Tu retournes te coucher, tu avales un cachet. Parce qu’au fond, tu le sais. A l’heure du repos, il n’y aura pas de Happy End.

Non, vraiment, No Happy End.

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Sincères condoléances,

Oskar Cyrus

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