Retour aux Enfers

Il est singulier qu’à chaque retour je promette que ce soit le dernier départ. Cela rate chaque fois. Les Enfers, c’est cet oubli douillet qui fait passer le temps plus vite qu’un tube à la radio. En 3 minutes 30 j’ai parcouru trois mois, quatre mois, bientôt cinq et me voilà hors de vue.

Les Enfers, c’est se réveiller après cette absence trop douce pour se rendre compte du temps perdu. De ces mois à ne rien faire, à ne rien écrire, à s’oublier derrière des images stupides, des personnages plats, et autres mauvais romans. Des mois entiers à nier ce dont on est fait. De l’encre. J’ai souvent voulu partir, pour de bon, mais le combat, la force du combat qui m’anime. Je ne parle même pas du combat politique, qui malheureusement serait trop faible pour me retenir sur Terre. Le combat, le véritable combat, celui d’exister, celui qui me mène à l’écriture pour me sentir vivre. Déchirer le papier ou votre écran de mes haines, vomir sur le monde le dégoût que j’ai de l’ignorance, de la religion, et même parfois de moi-même. Le combat, le dur combat contre le quotidien, le morne aliénant, le ron-ron trop reposant de jours ennuyeux. Ce calme plat, mer morte de ma vie, survivre un jour, oui, mais le jour suivant? A demain, remettre à demain le jour d’hier, reporter, reporter, déléguer, se perdre.

Avouez qu’il y a une constante dans ma folie. Je la joue esthétique. Trop esthétique. Belle folie rayonnante et lisse. Esthétique, plongé chaque jour dans un océan esthétique d’idées noires, dans le style vanités. Le mensonge, au fond, le petit mensonge si peu important qui rend la chose plus belle. Et puis, qu’est-ce que la vérité? Cette chose clinique, brut, pure, sans émotion, que l’on donne avec délicatesse sur des plateaux d’argent? Non, non. La vérité d’hôpital, ça. Quand on vous dit dans un bureau tout blanc que vous allez mourir dans deux semaines. Peut-être trois. Inventer est plus honnête. Retoucher, devrais-je dire plutôt. Transformer ce qui est sans saveur en esthétique. Même si c’est sale. Mentir, un peu, pour avoir au moins la satisfaction de maîtriser quelque chose de son existence. En avoir l’impression. Se mentir, plus que mentir aux autres.

Retour aux Enfers. Et je règne, ici bas, sur mon petit monde maîtrisé. Monarque décadent, seul sur ma colline, je regarde les fourmis en pensant les diriger. Je ris souvent de la situation. Je ris dans la chute. En attendant de toucher le fond.

Retour aux Enfers, pour y rester, et enfin espérer lever le voile du chaos.

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