Réalité, s’il te plaît, ta gueule.

J’écris cette note un peu sans but. Enfin si. J’ai tout de même un message à faire passer. Un tout petit, qui ne mériterait sans doute pas une note entière, mais les idées se bousculant dans mon défunt crâne, n’arrivant pas depuis deux jours à y mettre un quelconque soupçon d’organisation, j’ai décidé de jeter comme ça venait, me souvenant au passage que cette méthode d’ordinaire ne me réussit pas trop mal. Cette note, donc, qui sera peut-être courte, peut-être longue, peut-être moyenne, et ce dans tous les sens du terme, a pour principale source la déferlante de faits-divers sordides, peut-être parmi les plus étranges et les plus glauques jamais révélés par une presse qui ne roule qu’à l’odeur du sang. Cannibalisme, nécrophilie, meurtre, araignées, zombies et vidéo.

Un zombie à Miami, un fou qui s’étripe tout seul pour se jeter par petits bouts à la police (ce morceau de phrase est bizarre, mais je l’aime bien), deux ou trois autres affaires de cannibalisme, Luka Magnotta, et une attaque d’araignées géantes… La réalité a décidé de me mettre au chômage. Car il y a une chose que vous devez savoir. Il y a des siècles, dans des temps immémoriaux, un pacte a été scellé entre la réalité et les artistes, particulièrement les conteurs, les poètes, les écrivains. J’y étais, je vous fais un rapide PV de séance: la réalité a promis de nous foutre la paix, de rester à sa place, et de se contenter de quelques mouvements majeurs par an, n’excédant pas une dose d’horreur raisonnable, comme par exemple deux-trois catastrophes naturelles tout ce qu’il y a de plus banal (ouragans, séismes, inondations, tsunamis, tornades…), et exceptionnellement quelques tueurs bien glauques par décennie, mais c’est tout. De toute manière, elle ne voulait pas tellement aller plus loin, je cite : « vous savez, c’est beaucoup de boulot inventer tout ça, il y a les acteurs qu’il faut payer, bien gérer l’après, enfin, c’est pas à vous que je vais l’apprendre, même si moi, contrairement à vous, je dois assumer les conséquences de mes folies. » Voyez le topo : entente cordiale, on ne s’aime pas mais on ne se fait pas la guerre pour autant.

En 2001, la réalité a commencé à déconner. Le 11 Septembre, on lui a dit, c’était pour nous, normalement. Réponse de l’intéressée: « Désolée les gars, les filles, j’ai pas fait exprès, c’est tombé tout seul, je le referai plus, désolé, maintenant laissez-moi, il faut que je gère l’après, faut pas déconner. » J’ai dans l’idée qu’on lui a un petit peu facilement pardonné la faute. J’ai aussi dans l’idée (la même) qu’on s’est peut-être un petit peu fait avoir, quand même. Après tant de siècles d’entente cordiale, c’était tout de même incroyable qu’elle nous fasse un coup comme ça, surtout que dix jours plus tard, il y a eu AZF, et on a bien cru qu’elle avait encore fait des siennes: « Mais non, les gars, les filles, ça c’est normal, j’ai peut-être mal dosé les produits mais vous verrez, un procès et on n’en parlera plus. » Il faut reconnaître que sur ce coup là, elle avait raison.

C’est en 2011 que j’ai commencé à avoir des doutes. Pas pour les révolutions, ça faisait partie de l’accord. Mais pour le grand blond Norvégien, Anders Breivik. Une telle folie n’était pas normale. 70 personnes tuées sur une île, un kill-fest de près de trois heures, ça, c’est dans les livres normalement. Alors bon, dans ces cas-là, il ne faut pas réagir trop vite, sinon les gens vous traite d’irresponsable, blablabla, etc. Donc je proteste. Réalité, là, tu dépasses les bornes. Ton tueur, on était censé l’inventer pour NOUS. C’est du vol. Limite de la concurrence déloyale. Mais bon. Je me suis dit qu’après tout, il reste tellement d’horreur à inventer dans le coeur humain, que ce n’est pas un imbécile de meurtrier à deux sous qui va m’empêcher de terminer mon roman. Mais voilà. Mars 2012, sud de la France, Mohamed Merah tue. Là, réalité, tu m’as carrément volé la fin de mon roman. Maintenant, si je publie ça, il y a aura toujours un imbécile de journaleux pour dire que je me sers des TES victimes pour vendre du papier (ce qui, de la part d’un journaleux, serait hypocrite, mais passons). Et ça, réalité, ça m’énerve. J’ai été obligé de modifier mon roman de telle sorte qu’on ne puisse pas confondre avec cet imbécile d’amateur sans talent.

Voyez, chers lecteurs qui savez que je suis un monstre sans âme, souvent, un fantôme d’être humain qui fait semblant d’avoir des grandes causes à défendre, parce que dans son coeur de glace il y a une toute petite bulle d’espoir, petite bulle d’air vicié qui de temps en temps grandit, de temps en temps disparaît complètement. Ma vision de l’Homme est comme une éclipse, il y a de la lumière mais elle ne peut apparaître que lorsque la lune se cache. La lune, c’est la capacité de l’Homme à penser. Tant que l’Homme pensera, le monde ne sera jamais qu’un tas d’imbéciles. L’intelligence, c’est le vide. Mais puisque l’on est condamné à penser, soyons imbéciles avec intelligence, et essayons de mieux vivre. Mon rôle dans tout ça, je veux dire : le rôle que j’accorde à l’écrivain, à l’artiste, c’est le chaos. Le désordre. Le danger. Celui qui averti, qui alerte, qui bouscule, qui brûle, qui détruit. Celui qu’on ne contrôle pas, et qui invente l’impensable pour rejeter plus loin encore les frontières de ce qui peut être pensé.

Et c’est là qu’intervient le fameux pacte avec cette pute de réalité. Parce que ces deux dernières semaines, un lot improbable de bizarreries ont surpassé tout ce que l’on pouvait penser. En fait, à dire vrai, il n’y a pas eu beaucoup plus dans l’horreur que d’habitude, mais l’accumulation de ces faits-divers glauques me fait dire que la réalité à déclaré la guerre.

On a commencé avec une histoire de zombie, à Miami, en plein jour, vaguement filmée par une caméra de surveillance (ne cherchez pas, on ne voit que ses pieds, c’est idiot), un type grognant qui bouffait le visage d’un autre type, quand un passant est passé: « non mais dites donc, vous, là, ça se fait pas » ce à quoi le dit zombie à répondu, en substance : « groumph » (ça donne pareil en Anglais, ne cherchez pas de traduction). Un flic est donc arrivé pour dire au même zombie : « non mais dites donc, vous, là, ça se fait pas » ce à quoi le dit zombie a répondu, en substance : « groumph » (pareil, en Anglais…etc). Et pan, et il est mort. Voyez, on touche le sublime. Le pire dans cette histoire, c’est que c’est du plagiat, Stephen King a écrit la même scène dans Cellulaire. S’en est suivi d’autres affaires de cannibalisme, comme ce type, dans le New Jersey (USA, pour les nuls) qui a jeté des petits bouts de son intestin à l’intention des papilles gastronomiquement cultivées des policiers de cette région, cet homme à Montauban qui décide, comme ça, sans trop prévenir, de bouffer l’oreille d’un autre homme, du genre Van Gogh inversé, ou ce Chinois qui a vendu pendant des mois de la viande humaine en la faisant passer pour de la viande d’autruche (je me demande si les autorités locales ont relevé l’extraordinaire métaphore dissimulée dans cet acte), et mettait les yeux de ses victimes à tremper dans des bouteilles d’alcools (qu’il devait sans doute consommer, je précise). Et puis il y a eu Luka Magnotta (cas sur lequel je reviendrai un peu plus longuement dans un article sur les supposés « tueurs sans remord sans âme et tout le tintouin »), récemment privé d’une brillante carrière cinématographique par la police Berlinoise (carrière pourtant brillamment commencée avec un véritable snuff-movie de onze minutes où l’on ne s’ennuie pas une seconde), et dernièrement, une attaque d’araignées géantes en Inde.

Clairement, la réalité a décidé de me faire pointer à Pôle Emploi. C’est une guerre indigne. En tant que lâche farouchement pacifiste, je proteste vigoureusement. Ce n’est pas bien de me piquer des histoires, comme ça, alors qu’elles pourraient me faire vivre. Parce que toi, réalité, tu n’es qu’une pute pas bien difficile, tu fais ça gratuitement. Alors je te le dis une dernière fois, laisse mon gagne-pain tranquille, et on sera tous contents.

Non, mais.

Sincères Condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

2 réflexions sur “Réalité, s’il te plaît, ta gueule.

  1. Comme on dit, la réalité dépasse toujours l’affliction… Désolé pour ce jeu de maux vasouillard au réveil. Mais l’imagination du réel semble ne plus connaître de bornes. Où sont nos totems, nos tabous ? Ces instruments qui réservaient le pire au cauchemar ?

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  2. Pingback: Les militants se cachent pour pleurer « Le Cri du Peuple

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