God’s Business

God's Business

Vous les avez sans doute croisés. Dans vos rues, dans vos radios, dans vos ordinateurs ou dans votre télévision. Parfois même dans l’école de vos enfants, dans votre lycée, dans votre université, parfois aussi sur votre lieu de travail. Les cons. Une colonie de bonobos qui font semblants d’être nombreux juste parce qu’ils sont partout. Recrutés dans les dernières paroisses pleines de nos villes, un peu aussi dans les mosquées, les synagogues, les temples –  et autres lieux de réunions où l’on cultive avec douceur la haine du prochain – nourris à l’Ostie, ils défilent le sourire aux lèvres pour vous expliquer du haut de leur grande expérience qui vous devez haïr, et avec qui vous devez baiser.

En ce moment ils font un de ces raffuts monstres, du genre qui me dégoûtent de sortir le samedi après-midi quand je sais pertinemment par qui je vais être accueilli à la sortie du métro, du genre qui me fait vomir le soir quand j’entends de quoi je suis traité à la radio, à la télé, ou pire : dans les commentaires sur les sites d’informations en ligne. Ce raffut, je dois l’avouer, est à l’origine de cette note que je ne comptais pas écrire. Assez de bruit. Je pensais attendre sagement que le gouvernement et l’assemblée fasse vite son boulot. Mais ça traîne.

Le week-end du 17 et du 18 Novembre, j’ai failli péter une porte. Mais je me suis calmé et j’en ai ri. Pensez-vous, voir 100 000 retraités qui ne verront sans doute pas les effets de cette réforme qui ne les regarde pas, gueuler comme des chiens agonisants, la bave aux lèvres, l’électroencéphalogramme menaçant  de cesser de pulser, ces vieux qui ont sans doute déjà la carte des pompes funèbres bien placée dans leur portefeuille, ces enflures qui croient avoir un quelconque pouvoir sur l’avenir d’une institution qui ne les regarde plus. Mais je sais : c’est de la même engeance que le vieux couple de retraités qui va se distraire en allant voir les audiences au tribunal. Voir la misère pour éviter de se voir décliner. La vie des autres. De la même mauvaise graine que tous ses dégénérés consanguins, noblesse déclinante qui pense qu’en se renfermant sur soi l’on atteint la pureté et le divin. Ce n’est pas l’idéologie qui les anime, mais la volonté de contrôler la vie des autres, à défaut de maîtriser leur propre existence. Le moteur de cette haine animale et stupide, c’est la peur. Même avec le sourire. Même bien habillée, même quand c’est vieux et que ça a l’air respectable – pensez-vous, ce sont de bons chrétiens ! – même quand ce sont des jeunes sérieux qui ont de bonnes notes à l’école.

Dans ce billet, il n’y a pas d’analyse. Je n’ai plus envie de leur trouver d’excuse. Quand ce week-end je me suis fait « accueillir » à la sortie de métro de Lille, place de la république où se situe le Palais des Beaux-Arts (lieu de deux magnifiques expositions sur le thème de Babel et sur les peintres flamands), j’ai eu un doute. Une brochette d’une dizaine de jeunes cons recrutés dans tous les instituts cathos de la ville, bien propres sur eux, le sourire figé, scandant timidement des slogans plus bêtes les uns que les autres (oui, ils n’ont toujours pas passé le stade « Adam et Eve », du coup ils sont un peu en retard sur nous, faut les comprendre un peu : si l’enseignement catholique est un peu lent, c’est principalement parce que l’Église catholique a mis elle-même beaucoup de temps à admettre la rotondité de notre planète, par exemple), m’accueillant avec un crétin « La parité, oui, mais d’abord dans le mariage » (j’avoue que j’ai un peu de mal à trouver une quelconque logique dans ce slogan, mais ça sent le Frigide Barjot à plein nez, alors…), j’ai failli en attraper un pour tuer l’autre. Quand ils étaient petits, ils ont dû manger Dieu avec leurs petits pots. A ce moment-là, alors que je restai figé d’horreur devant cette armée de réactionnaires boutonneux, on m’a doucement fait remarquer qu’avec leurs petites chemises bien ajustées et leurs ballons roses, ils étaient prêts pour la gay pride. J’ai souri et j’ai passé mon chemin, hors de question d’entendre les gémissements horrifiés de ces petites ordures à l’idée que moi, ou un autre, ou même une autre, puisse un jour se marier et avoir des enfants.

Nous sommes les juifs de leur quatrième Reich. En un peu plus gentil. On commence par dire que nous n’avons pas le droit de nous marier. Ensuite on nous dit que pour les enfants, pas question. Après on pousse un peu plus loin et on nous interdit de donner notre sang – nous sommes malades. Et puis on ouvre l’écluse et on déverse le reste – nous sommes dangereux pour la société, nous corrompons la jeunesse,  nous sommes des pédophiles en puissances, parfois même des terroristes. Si nous avons les mêmes droits que les autres, la porte sera ouverte à l’inceste, la polygamie, la zoophilie et autres bizarreries sexuelles (que l’on range assez bêtement dans le même sac, coucou Christine Boutin, mariée à son cousin). Parce que c’est connu, en Belgique, en Argentine, aux Pays-Bas, en Espagne, au Portugal (…etc), des milliers de personnes demandent maintenant à se marier avec leur hamster, leur fils ou leur fille, avec plusieurs femmes (ou plusieurs hommes)…

Je fais ici une parenthèse. La polygamie, en plus d’être un mythe entretenu par l’extrême-droite européenne, est un concept dont je ne comprends pas très bien le caractère dérangeant. En effet, la loi française interdit de se marier avec plusieurs personnes. Mais, et je vais vous demander de m’éclairer si je me trompe, qu’est-ce qui empêche un homme de vivre avec plusieurs femmes et inversement, si toutes les parties sont consentantes ? On retombe encore une fois sur une critique typiquement judéo-chrétienne, qui n’est finalement qu’un tabou moral vide de sens, dicté par une parole divine que personne n’a jamais entendu sinon un type il y a très longtemps, qui a débarqué un jour en toge et sandales pour dire : « je suis le fils de Dieu ». Sachant cela, ne comptez pas sur moi pour justifier le pouvoir absurde que dispose l’Église sur les institutions françaises.

Alors voilà qu’ils lancent leur armée de curée, ces débris en toges mitées, pour nous rappeler la parole de Dieu. Comme si ça les regardait. Et cette question est loin d’être secondaire. Ces gens sont persuadés que cette réforme les touche personnellement et que, par conséquent, non seulement ils doivent être consultés, mais que leur avis vaut plus que celui des personnes directement concernées par cette avancée du droit – si tant est que l’on puisse toujours appeler ça des « personnes ». Or j’ai vraiment une bonne nouvelle : on s’en fout du mariage religieux. Moi-même, je me fiche complètement du mariage et de l’adoption : je n’aime pas les contrats et je déteste les enfants. Mais j’aimerais avoir le loisir de dire « non » au type qui un jour aura la témérité de me proposer un contrat aussi archaïque et immonde. Je désire juste avoir le choix. Être considéré, finalement, comme un citoyen, et même plus : un être humain. Quelle ambition !

Quelle légitimité aurait un referendum sur la question ? Quel sens ? En quoi cela concerne l’ensemble de la société française ? Il s’agit d’abord de corriger une anomalie : une partie de la population est discriminée pour ce qu’elle est. C’est une forme d’apartheid toléré par tous parce que, comprenez, « il n’y a pas mort d’homme » (affirmation parfaitement contestable puisque le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes homosexuels). Faire un referendum sur cette question serait insultant : ce serait affirmer que nous ne sommes pas une population adulte, normale, et que par conséquent l’avis de la majorité hétérosexuelle doit primer parce que nous ne sommes pas capable de diriger seuls nos propres vies. Et je le dis avec d’autant plus de tranquillité que je suis persuadé de notre succès si jamais une telle absurdité venait à être mise en œuvre.

Alors non. Ce n’est pas vos affaires. Cela ne vous regarde pas. Je vous refuse le droit de décider à ma place de la route que je dois suivre. Qui je dois haïr. Qui je dois baiser. Je refuse votre pouvoir sur ma propre vie, car j’estime être assez adulte pour savoir où je vais. Et votre Dieu n’y pourra rien : cela fait plus de 2000 ans qu’il n’y peut rien. L’homosexualité existait avant sa création par le dingue crucifié dans vos églises, elle existera après. Car ce n’est ni une tare, ni une maladie. Ni une épreuve divine. Ni la tentation d’un Diable. Je ne suis ni un monstre, ni un terroriste, ni un pédophile. Je suis un être humain qui vous demande sagement d’arrêter de prétendre être légitime pour décider si oui ou non, j’ai le droit de vivre.

Sincères Condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

Bonus: Une prière musicale par Sainte Frigide Barjot, en tête des marches de bonobos.

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2 réflexions sur “God’s Business

  1. Pingback: Finalement, un goût de vinaigre | Sodome et Gomorrhe

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