Finalement, un goût de vinaigre

Bach GraffitiFinalement, j’écris. Il y a des jours, comme celui-là, où la plume m’attrape par surprise. Ce n’était pas prévu. Et puis, finalement, je n’ai rien d’autre à faire, rien d’autre que de donner mon avis – mon avis qui n’intéresse personne – sur des sujets qui mériteraient sans doute une attention plus précise, une analyse plus poussée. Mais j’ai entendu, à la radio, sur le net, le Venezuela, la Barjot et ses frigides, les médias et leurs mensonges, l’élan du 5 mai, le climat nauséabond. Finalement – sans arrêt ce mot s’impose – je me suis aperçu que profiter d’un tel climat pour ajouter un peu de fiel dans l’air du temps ne pouvait plus nuire à mon karma, lui qui est déjà si bas que l’Enfer, à côté, est un paradis (fiscal).

Etat des lieux, intérieur nuit

D’abord, je plante le décor. Un salon, ni trop vieux, ni trop moderne, des meubles de plutôt bonne facture, deux portes-fenêtres coulissantes qui se font face. Les volets sont ouverts, les portes-fenêtres aussi, et un courant d’air fait flotter les rideaux blancs. L’air est doux, il fait encore vingt degrés alors que la nuit est tombé depuis déjà quelques heures.

Je ne reconnais pas tellement. Ce n’est ni chez moi, ni vraiment chez un autre. Je ne suis qu’un courant d’air et finalement ce salon n’est pas trop mal.

Je suis assis sur le canapé – idéalement – un cahier sur mes genoux. J’écris toujours sur un cahier. C’est plus lent. On prend le temps de raturer, de recommencer, de gâcher des feuilles de papier. On prend le temps de raconter n’importe quoi avant de barrer le tout d’un simple trait de plume. Je dois avouer que je n’ai pas le même réflexe quand j’écris sur un ordinateur. Cela va bien trop vite. Les pensées s’accumulent dans un désordre extraordinaire, et bien souvent on ne prend pas le temps de les ranger. De construire. D’élaborer. De trouver un fil. On raconte n’importe quoi, et on ne prend pas le temps de corriger, ou même tout simplement de rayer le tout d’un trait de plume. On jette ça sur la toile dans un élan parfois irréfléchi, parfois vulgaire, en s’apercevant trop tard de l’indigence du texte produit. On oublie. On laisse pourrir les idées comme des plantes mal arrosées. On s’étiole. On ne fait plus d’effort.

Je n’écrirai pas l’heure qu’il est, de peur d’inscrire trop tôt la preuve de mon retard.

J’entends la circulation, dehors, qui se fait de plus en plus rare. Le disque que j’ai mis il y a une heure est terminé depuis quelques minutes. Les suites pour violoncelle seul de Bach, par Anne Gastinel. Je me suis laissé emporté par cette caresse, parfois vive, parfois mélancolique, parfois joyeuse, parfois langoureuse, toujours délicate. Bach, c’est l’accomplissement d’un raffinement, d’une justesse, d’une précision dans l’intention, dans l’écriture, dans le geste. Une précision dans la délicatesse. Je me souviens de Rostropovitch et de son violoncelle, au pied du mur, caressant le monde de cette émotion ciselée. Je me souviens d’avoir trouvé ça beau – indépendamment de toute considération politique, géopolitique, mondiale, que sais-je encore, il n’existait en cet instant que Rostropovitch, son violoncelle, et Bach.

Je ne pourrai jamais décrire cette passion que j’ai pour Bach. Quand, au piano, je laisse courir mes doigts sur le clavier, à la commande du maître pour un prélude ou une fugue, ma tête est vide de mots. C’est cela, aussi, que j’aime chez Bach: le repos. Je ne pense plus. Je ne suis plus cet entonnoir bouché d’idées, de mots, d’insultes, de mépris, de haine, ce torrent de violence intérieur, de dégoût de soi et de mal de vivre. Je ne suis plus l’affreux fantôme, le clown blanc au teint livide, l’instrument d’une quelconque entité – fusse-t-elle Littérature. Je ne suis que musique. Un instrument. Un mort heureux, finalement – toujours – un mort, heureux. De ceux que l’on n’espère plus déranger.

Je ne serai jamais heureux qu’un prélude de Bach au bout des doigts.

Coup d’éclat, l’orage dérange mon sommeil

Je déteste avoir raison, dans certains cas. Là, particulièrement. Le Venezuela. J’ai vu le mépris des médias pour cette élection pourtant capitale pour l’avenir de tout ce continent. Mais de cela, j’étais prévenu. J’ai pleuré, beaucoup, sur la manière indigne dont il ont traité son cadavre. Libération, Le Monde, tous les chiens de gardes les plus illustres de la médiacratie, ce petit monde stupidement manichéen dans lequel vous êtes ou libéral, ou populiste, ce monde qui ne nous donne plus des outils pour penser – nous en ont-ils seulement déjà donné ? – mais des phrases toutes faites, des petits mantras simples à répéter chez nous, à assimiler, et à utiliser de la même manière que l’on utilise un proverbe: éviter de penser. Cela, je le savais. J’étais prévenu.

Au Venezuela, la situation était tristement prévisible. Et nous étions un certain nombre, en France, à l’avoir dit depuis des mois. Avant la mort de Chavez. Aux dernières élections présidentielles. Chavez était alors candidat à sa succession et la campagne était rude: Henrique Capriles avait rassemblé une large coalition du centre-gauche (les amis de notre très cher Parti Solférinien) à l’extrême-droite. Chavez avait la totalité des médias privés contre lui – c’est à dire la grande majorité des médias du pays. On le traitait de singe. On le menaçait. Nous qui vivons en France n’avons encore aucune idée de la violence de cette campagne de haine contre Chavez au Venezuela. La semaine du scrutin, Capriles avait déjà appelé à un rassemblement en cas de victoire de Chavez. Les résultats étaient supposés être serrés, donc potentiellement contestables. Le soir des résultats, à l’annonce de l’écart très grand qui le séparait de Chavez, conscient que contester un tel résultat serait ridicule et contre-productif, il renonce à ce rassemblement. Pourtant, à l’international, tout le monde était prêt à l’éventualité d’une « révolte » (coup d’Etat) mené par le « jeune » dirigeant de « centre-droit » (extrême-droite).

En effet, en France, nous avons eu cette scène surréaliste, sur France 2, 20h, service public:

La semaine du scrutin, le 20h de cette grande chaîne du service public diffuse le reportage mensonger et calomnieux sur le Venezuela sous Chavez. Le rectificatif ne vient que le lendemain de la victoire de Chavez. Le but? Préparer l’opinion française à soutenir le coup d’Etat de Capriles, et l’éventualité d’une intervention américaine – toujours en cas de score serré, comme c’était prévu. Ce n’était pas une « erreur », n’importe quel journaliste sérieux, s’il veut des chiffres sur la pauvreté au Venezuela, va se renseigner auprès d’organismes de l’ONU. En fait, n’importe quelle recherche internet aurait mené n’importe quel débile sur la vérité.

Alors quand Capriles a de nouveau appelé à un rassemblement en cas de victoire de Maduro, je n’étais pas étonné, non, j’étais juste en colère. En colère qu’aucun média de ce pays n’ait pris la peine d’analyser cette stratégie du putsch. En colère des mensonges éhontés diffusés en permanence sur Maduro, et des éloges déplacées faite à Capriles, putschiste récidiviste, fasciste notoire, héritier de Pinochet et des dictatures d’Amérique-Latine, proche des USA et de la CIA, riche bourgeois pas tellement heureux de ne plus diriger un pays qui appartenait auparavant à sa caste de millionnaires dégénérés.

Les fascistes sont toujours vivants. Et il n’y a pas qu’au Venezuela qu’ils tuent.

Où je masque ma colère d’un éclat de rire

FUCK YOU Barjot

Je n’ai pas beaucoup pris la plume pour défendre le mariage pour tous. J’ai écrit un article que personne n’a lu, et dont le message était, en substance: « FUCK YOU ALL, ce n’est pas vos affaires ». J’ai peut-être été un peu lâche. Je l’avoue. Je n’ai pas eu envie de me plonger dans la poisse de ce débat qui puait. Désolé à tous les pantins de gauche qui ont vraiment cru à l’existence d’un débat « serein » sur la question du mariage pour tous. Désolé, vraiment, de n’avoir vu dans ce concert de jappements qu’une dispute sur l’homosexualité. Désolé, vraiment, de n’avoir vu dans cet interminable débat à l’Assemblée qu’une porte ouverte au fascisme et à l’extrême-droite. Désolé, encore, de n’avoir vu dans les rangs socialistes qu’un enthousiasme poli, des propos maladroits et des bonnes intentions oscillant entre pitié et une certaine forme de condescendance. Désolé, aussi, de voir ces élans d’égalité s’arrêter à la PMA qui ne dérange que les esprits étroits, et aux Dons du Sang dont je suis toujours exclu. Désolé, vraiment, de ne voir dans cette égalité au rabais qu’un vague service minimum.

J’admets que c’est une avancée considérable. Mais le gouvernement en a trop fait – ou pas assez. Le pouvoir en place a fait de cette loi le symbole de sa réussite. Au lieu, donc, de la faire passer à l’Anglaise (en une journée) et de passer à autre chose, il a donc fallu que ces imbéciles de socialistes se sentent obligés de laisser la Barjot et ses gudards s’organiser pour prendre d’assaut les médias (méga-consentants), et la rue (déjà beaucoup moins consentante). Sans parler de nos têtes.

Je ne vais pas refaire l’histoire, on va juste s’arrêter aux quatre dernières semaines.

Ce qui m’étonne plus, là, c’est la réaction de vierge effarouchée des médias face à cette radicalisation soudaine. Eux, si prompt il n’y a pas si longtemps à blanchir la « Manif pour Tous » de tout soupçon d’extrême-droite religieuse, semblent découvrir que la pluie, ça mouille. Et bien oui, la pluie, ça mouille. Et avec deux ou trois recherches google, sans même chercher trop loin, vous vous seriez aperçu, comme lemonde.fr avec quatre mois de retard, que les organisations de ce collectif ont quasiment toutes des liens avec l’Église catholique, et sont quasiment toutes de la mouvance « tradi » (vous savez, messes en latin, habits d’époque, raie sur le côté et « Jésus reviens » à la guitare chanté par Patrick Bouchitey).

Mais non, là, les médiacrates ont vu la vierge.

L’illumination. Une supposée « radicalisation » d’un mouvement qui était radical dès le départ, mais fallait pas le dire. Boutin qui appelle à une « guerre civile », Barjot qui pète une durite (où l’on découvre qui lui en restait une) et promet « du sang », la droite décomplexée qui chipote et gnognote et finit par ne condamner aucun propos ni aucune violence survenus ces derniers jours… Dans la suite logique des choses, on se souvient évidemment que François Fillon, en 82, avait voté contre la dépénalisation totale de l’homosexualité. Où l’on s’aperçoit donc que leur combat est moins pour la sauvegarde d’un fantôme d’institution du mariage, fantôme auquel on colle un caractère sacré pour faire plus mieux, que contre la reconnaissance de l’homosexualité. Où l’on s’aperçoit, encore une fois, qu’être contre l’égalité des droits est donc nécessairement de l’homophobie, puisque si l’homosexualité n’est ni une tare, ni une maladie, ni une perversion, ni un problème, alors l’égalité des droits s’impose logiquement, sereinement – une évidence.

Où l’on s’aperçoit, de nouveau, que l’homophobie existe encore. Pire: elle est exacerbée, affichée, elle n’a plus peur. Barjot et sa clique ont ouvert la boite de Pandore. Ils ont libéré la parole homophobe. Et les actes. Ce soir, alors que j’écris, un bar gay de Lille a été attaqué par un groupe fasciste. Ce soir, également, des journalistes ont été frappé à un rassemblement de la « Manif pour Tous ». Des hordes d’imbéciles, de crétins de bonne famille, des jeunes riches et cons, bien éduqués, descendent dans la rue la haine en bandoulière comme un filet de bave au bout de leur groin.

Alors j’avoue. J’ai été lâche. Je ne suis pas descendu dans la mêlée. Tout juste ai-je écrit quelques courts messages sur les réseaux sociaux.

Et puis j’ai préféré en rire. Car en fin de compte, il peuvent faire tout le bruit qu’ils veulent. Frigide Barjot la bien nommée peut simuler autant qu’elle le veut une pathétique crise de larme en direct sur une chaîne que personne ne regarde. Boutin peut simuler (elle aussi, on n’aurait pas cru, comme ça), autant qu’elle le veut, un malaise prétendument provoqué par les gaz lacrymos alors qu’elle essayait de faire un remake réac de Dany le wannabe-rouge (je veux dire: encore plus réac). Xavier Bongibault peut, autant qu’il le veut, faire semblant d’être gay pour faire croire que ces beaufs ont vraiment des « amis homosexuels » (ce qui sonne souvent comme un « Je ne suis pas raciste, ma cuisinière est noire »). Henri Guaino peut, autant qu’il le veut, se prendre pour un orateur du peuple devant un parterre de riches, de nobles et de bons bourgeois.  Pour ma part, je ne vois qu’un pathétique troupeau de boeufs qui jouent à faire comme si on manifestait, et qui se sentent grisés par la subversion d’un acte aussi hautement révolutionnaire. Au fond, je ne vois qu’une bonne tranche de la bonne société qui s’acoquine parce qu’elle s’ennuie.

Et finalement, derrière le vinaigre…

Le 5 Mai, marchons pour la 6e République

Nous ne sommes pas comme eux. Malgré la colère, malgré la rage, malgré les affronts, malgré toutes nos revendications, nous ne marcherons pas l’écume aux lèvres.

Le 5 Mai, nous serons cette foule joyeuse et déterminée, libre et belle, cette foule chantante, le poing levé – bien sûr – mais souriante. Nous serons cette foule unie derrière la république. Nous serons cette foule qui ne lâche – vraiment – rien. Sans violence, sans armes, sans haine.

Le 5 Mai, nous montrerons à ces rats comment un peuple marche:

Avec espoir.

**

Sincères Condoléances,

Oskar Kermann Cyrus

Bonus:

Lisez Le Cri du Peuple!

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