Marilyn Manson Minotaure : aux origines

Marilyn & Manson

« Dehors, il tombait des cordes. A peine sorti de sa coquille, rejeton de l’humanité toute entière, Marilyn Manson est entré sans se presser. Pas de doute : il commençait à ressembler à Elvis et à sonner comme lui. »

David Lynch

« L’Enfer, pour moi, c’était la cave de mon grand-père. »  Lorsque l’on s’apprête à se rendre aux origines de Marilyn Manson, cette phrase est incontournable. Ouverture à son autobiographie Mémoires de l’Enfer, publiée après le succès de son album « Antichrist Superstar », l’épisode qu’elle résume a fait le tour du monde. Jeune garçon, il s’introduit en douce dans la cave de la maison de ses grands-parents, domaine particulier – et interdit – de Jack Warner, grand-père de Brian Warner. En bas, il découvre que le passe-temps de son grand-père n’est pas de faire tourner un petit train électrique toute l’après-midi. Lingerie féminine, vieux films pornos crasseux, photos zoophiles, godemichés, Brian découvre la face sombre de son grand-père et assiste, dissimulé sous l’escalier, à une séance de masturbation dont les râles sont dissimulés par le bruit du petit train électrique.

Mémoires de l'EnferBrian Warner est né le 5 Janvier 1969 à Canton, Ohio. Son père, vétéran de la guerre au Vietnam pendant laquelle il avait été pilote d’hélicoptère (chargé entre autre de lâcher le fameux agent orange, ce qui vaut à Manson des problèmes de santé chroniques encore aujourd’hui), était vendeur dans un magasin de meuble. Sa mère était infirmière. Fils unique, il partagea pourtant le plus clair de son enfance avec son cousin Chad, avec lequel il découvrira les vices de son grand-père. Brian vit dans une banale famille de la classe moyenne américaine, dans un petit pavillon avec jardin, et avec des secrets bien gardés, dont celui plutôt douloureux d’attouchements sexuels prodigués par son voisin plus âgé que lui.

Dans le respect des usages de la classe moyenne américaine, ses parents l’inscrivent dans une école chrétienne, la très propre Heritage Christian School, plutôt sévère et tournée vers les châtiments corporels. Paradoxalement, c’est dans cette école qu’il développera son goût pour la déviance. Mais pas au début. Au début, Brian veut s’intégrer, être bien vu de cette communauté, avoir de bonnes notes et croire en Dieu. Ardemment.

Il fait des cauchemars. Les instituteurs répètent inlassablement des sermons morbides sur l’Apocalypse, l’Enfer et le Diable. Qu’il faut croire en Dieu et prier beaucoup pour ne pas subir les tortures de l’Enfer. Que pour être accepté au royaume de Dieu lors du jugement dernier, il faut être bon et surtout, ne pas commettre de péché. Brian a très peur de tout ça. Il ne dort plus la nuit, rêve de la Bête et est constamment angoissé par la possibilité de commettre un péché sans le vouloir, et d’être damné pour cela. Voyez-vous, c’est toujours la même erreur que font les chrétiens. Ils commencent par asservir leur progéniture par la peur, par l’angoisse, par un lavage de cerveau bien huilé. Et puis, comme pour saper tout ce beau travail totalitaire, ils finissent par les vexer. Manson raconte cette première rupture dans Mémoires de l’Enfer :

 « Un jour, en CM1, j’ai apporté une photo que Grand-mère Wyer avait prise au cours d’un vol entre la Virginie-Occidentale et l’Ohio et, sur ce cliché, il semble y avoir un ange au milieu des nuages. C’était l’un de mes objets préférés : j’étais excité de le partager avec mes professeurs, car je croyais encore à tout ce qu’ils m’enseignaient à propos des cieux. Je voulais donc leur montrer ce que ma grand-mère avait vu. Mais ils ont soutenu qu’il s’agissait d’un canular, ils m’ont passé un savon et m’ont renvoyé à la maison en m’accusant de blasphémer. C’était ma tentative la plus sincère de coller à leur idée du christianisme, de leur prouver que j’adhérais à leurs croyances, et ils me punissaient pour ça.

Tout cela confirmait ce que je savais depuis le début : que je ne serais pas sauvé comme tout un chacun. J’y pensais tous les jours en quittant l’école ; je tremblais de peur en attendant la fin du monde, car évidemment je n’irais jamais au ciel et je ne reverrais jamais mes parents. Une année a passé, puis une autre et encore une autre, et le monde, Mlle Price, Brian Warner et les prostituées qui s’étaient régénérées étaient toujours là : je me sentais floué et trahi. »

C’est le début de la révolte. Dès lors, Brian va développer une attirance pour tout ce qui est prohibé par ceux qui l’ont humilié. Et il se trouve que l’un de ces principaux interdits est… le chocolat. Il va donc se passionner pour le personnage de Willy Wonka (Charlie et la Chocolaterie), une des grandes influences de l’œuvre de Manson encore aujourd’hui. Ce personnage qu’il a toujours vu comme inquiétant, l’incarnation même de la perversion et de la déviance, en bref : une métaphore parfaite du Diable, du sexe, des drogues… et du Rock.

Le Rock et le Heavy Metal étaient bien entendu prohibés par les professeurs de l’école. C’était pour eux « la musique du Diable ». Et pour prouver que cette musique n’était rien qu’un ramassis de propagande satanique, ils organisaient des réunions où parents et enfants étaient invités à déceler dans les disques de Metal des messages subliminaux destinés à pervertir la jeunesse. Vous connaissez certainement cette technique, très usitée à cette époque : il suffisait de passer les disques à l’envers pour entendre dans un gargouillis inaudible de sons forcément diaboliques des messages de la Bête elle-même. Ce fut pour Brian le premier contact avec le Heavy Metal. Et bien entendu, il n’en revint jamais.

Mais c’est dans son fanzine « Stupid » qu’il conjuguera toutes ces obsessions ensembles. En couverture, un ado plus boutonneux que lui, au physique quelconque, et à l’intérieur, des publicités parodiques pour un kit « Kuwatch Sex Aid Adventure » contenant « un fouet, deux vibromasseurs de très grande taille, une canne à pêche, deux pince-tétons à pompom, des lunettes de plongée en métal, des bas résille, un collier en bronze représentant une bite de chien et un casque gémeaux pour deux fois plus de fun ! », kit disponible « sur présentation de 12 preuves d’achat du sirop Tante Jemina ». Il se fera finalement exclure de l’école, après diverses provocations, pour avoir mis un godemiché dans le tiroir où le professeur rangeait sa Bible.

La deuxième rupture, c’est le déménagement de Canton, Ohio à Fort Lauderdale en Floride, après une adolescence plutôt mal vécue, marquée par des expériences sexuelles avortées, une marginalisation grandissante, et une première rencontre avec le Diable, emmené par un ami dans une ruine où ont lieu des messes noires, à l’aide d’un exemplaire du Necronomicon, le livre d’incantation mythique imaginé par Lovecraft (mais dont une version écrite par on ne sait trop qui circule depuis des années, votre serviteur en possède un exemplaire).

Manson, dans son autobiographie, raconte sa dernière nuit à Canton :

« Ce dernier soir à Canton, j’ai compris que Brian Warner était en train de mourir. On me donnait une chance de renaître, dans un nouvel endroit, pour le meilleur et pour le pire. Mais je n’arrivais pas à savoir si le lycée m’avait dépravé ou éclairé. Peut-être les deux à la fois, peut-être que dépravation et lumière sont inséparables. »

C’est de la synthèse de sa vie à Canton qu’il tirera ce qui hantera son œuvre : le paradoxe, le contraste, l’ambiguïté, l’alliance de opposés.

Naissance de Marilyn Manson

Le premier medium artistique qu’il trouvera pour s’exprimer est la peinture, et nous en parlerons dans un autre article. Mais le premier medium par lequel il va tenter de se faire entendre est l’écriture. Fan absolu de Stephen King, Lovecraft et de littérature d’horreur autant que de théâtre classique (Shakespeare entre autres), Brian écrit, encore sous son nom de naissance, poèmes et nouvelles macabres, mais qui laissent voir déjà une signature particulière, un malaise, une tension malsaine dans les mots choisis, dans l’absence totale de tabous, dans les métaphores, dans les jeux de mots.

Car ce qu’il est important de dire, c’est que le moyen d’expression privilégié par Manson est encore aujourd’hui la langue. Beaucoup de ses textes sont intraduisibles tant les jeux de mots sont complexes et élaborés.

En 1988, donc, il tente de faire publier ses textes dans « Night Terrors Magazine ». Certains de ces textes sont reproduits dans Mémoires de l’Enfer, dont le troublant Une Famille Unie, qui révèle là encore ses plus grandes obsessions : la face cachée de ce qui parait beau. Une Famille Unie nous place dans la tête d’un garçon perturbée par des notions perverties de « respect » de « péché » de ce qui est pur et impur, ce qui sale et propre. Ce garçon a tué sa sœur parce qu’elle a crevé au ciseau Peg, sa poupée gonflable. Après avoir « touché » le cadavre de sa sœur, il sera puni par sa mère en étant enterré vivant les paupières cousues. Mais ce qui est important n’est pas cette succession d’horreurs. Ce qui est important, c’est la manière dont c’est rapporté. D’un ton naïf, presque enfantin. La seule chose qui angoisse le garçon est de « faire des choses sales » et que sa mère le découvre – ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? – et la seule chose qui importe à la mère n’est pas la mort de sa fille, mais l’illusion d’une « famille unie ». Un beau portrait de l’Amérique bien comme il faut, qui cache sa face sombre sous le tapis du salon.

Il ne recevra que des lettres de refus.

25th Parallel Oct 89En bidonnant son CV, il devient journaliste dans un magazine « lifestyle » du sud de la Floride : « 25th Parallel », plutôt luxueux. Sa seule expérience dans le journalisme était jusque là la rédaction d’articles pour le journal de son lycée. Pour le magazine, il écrira une enquête sur le monde du Bondage (enquête entièrement retranscrite dans son autobiographie), et interviewera des musiciens comme Debbie Harry, les Red Hot Chili Peppers et Trent Reznor (leader de Nine Inch Nails, groupe dont il fera ensuite la première partie). C’est à cette époque qu’il a eu l’idée du pseudonyme Marilyn Manson, et voici comment il le décrit alors :

 « Marilyn Manson était un parfait héros de roman pour un écrivain frustré comme moi. C’est un personnage qui, à cause du mépris qu’il a pour le monde dans lequel il vit et, encore pire, pour lui-même, utilise toutes les ruses pour que les gens l’aiment. Et une fois qu’il a gagné leur confiance, il s’en sert pour les détruire.

Il aurait dû être le héros d’une assez longue nouvelle d’une soixantaine de pages. Le titre en aurait été La Monnaie de sa pièce et elle aurait été refusée par dix-sept magazines. Et aujourd’hui elle serait dans la maison de mes parents en Floride en train de jaunir et de moisir dans le garage au milieu des autres textes.

Mais l’idée était trop bonne pour la laisser pourrir. (…) A l’époque, je lisais des ouvrages sur la philosophie, l’hypnose, la psychologie des criminels et des masses (en plus de quelques livres sur l’occultisme et le crime). Sans compter que j’en avais vraiment marre de regarder à la télé les débats et les rediffusions sans fin des Années coup de cœur : je réalisais que les Américains étaient vraiment des crétins. (…) En tant qu’artiste, je voulais être le signal d’alarme le plus bruyant et le plus tenace qui existe, parce que je ne voyais pas d’autre issue : il fallait briser les liens de notre société avec le christianisme et la faire sortir du coma dans lequel nous plongent les médias. »

Sa première scène, en dehors du club de théâtre dans lequel il était inscrit, est une soirée micro ouvert dans un club de Miami (le Squeeze), lors de laquelle il dit des poèmes. Sorti de scène, un homme l’aborde et lui dit qu’il ne raconte que des conneries, mais qu’il a « une voix » et qu’il ferait bien de monter un groupe. L’idée fait son chemin, et il rencontre peu après Stephen Bier (qui se fera appeler ensuite Madonna Wayne Gacy, selon la tradition du groupe d’allier le nom d’une star glamour et celui d’un tueur en série), claviériste historique du groupe, qu’il quittera en 2006 dans une sale dispute. Mais il commencera la musique avec Jeordie White (Twiggy Ramirez), bassiste, avec un groupe parodique appelé Mrs. Scabtree dans lequel Brian était le batteur.

Manson rencontre ensuite Scott Putesky, alias Daisy Berkowitz (musicien moyen qui tente encore aujourd’hui de capitaliser sur son appartenance au groupe avec une reformation très approximative des Spooky Kids – approximative parce qu’il est le seul à avoir appartenu à la formation d’origine, et parce que musicalement ça ne casse pas une demi patte à un canard boiteux). Il forme le groupe Marilyn Manson & The Spooky Kids, groupe au line up instable, jusqu’à l’abandon de « Spooky Kids » pour ne garder que « Marilyn Manson ».

« J’aurais pu faire de la scène sous mon véritable nom, mais j’avais besoin d’une identité secrète pour pouvoir écrire sur ma musique dans 25th Parallel. J’ai donc soigneusement choisi ce pseudo, un surnom qui sonne magique comme charabia ou abracadabra. Les mots Marilyn Manson me semblaient être un symbole correct pour désigner l’Amérique moderne : à la minute même où je les ai jetés sur le papier, j’ai su ce que je voulais devenir. Tous les hypocrites que j’avais croisés dans ma vie, de Mlle Price à Mary Beth Kroger, m’avaient aidé à prendre conscience que chacun d’entre nous possède une face claire et une face sombre et que l’une ne peut vivre sans l’autre. Je me rappelle avoir lu Le Paradis Perdu au lycée ; j’avais été frappé par le fait qu’après que Satan et ses compagnons se sont révoltés contre les cieux, Dieu a réagi à cet outrage en créant l’homme de façon qu’Il puisse avoir une créature à son image mais qui ne possède pas son pouvoir. En d’autres termes, pour John Milton, l’existence de l’homme n’est pas le simple résultat de la bienveillance de Dieu, mais également de la malveillance de Satan.

En tant que bipède, l’homme est par nature attiré (que vous appeliez ça instinct ou péché originel) du côté de sa face démoniaque, ce qui doit être la raison pour laquelle on me pose toujours des questions sur la partie la plus sombre de mon nom, mais jamais sur Marilyn Monroe. Bien qu’elle reste le symbole de la beauté et du glamour, Marilyn Monroe avait une face sombre exactement comme Charles Manson possédait une face bonne et intelligente. L’équilibre entre le bien et le mal, et les choix que nous faisons entre les deux, sont probablement l’un des aspects les plus importants qui forgent notre personnalité et l’humanité. »

Marilyn Manson est né. Le premier article sur Marilyn Manson est écrit par Brian Warner « Et [il] n’a rien compris à ce que je voulais faire. »

Portrait of an American Family

Marilyn_Manson_-_Portrait_of_an_American_FamilyLes shows de Marilyn Manson & The Spooky Kids ne ressemblent à rien. A rien de connu. Le mauvais goût semble être le principal thème de leurs mises en scène : collants bariolés, jouets, cages, femmes nues, scarifications, animaux et viande avariée, Marilyn Manson donne alors dans le malsain, dans le bizarre, mais aborde déjà tous les thèmes que l’on trouvera ensuite dans son premier album. L’enfance pervertie, la famille unie, les secrets de familles, l’envers du décor, la saleté qu’on jette sous le tapis. Marilyn Manson aspire à devenir cette saleté-là, une saleté visible, comme une tache indélébile sur la chemise immaculée de l’Amérique puritaine.

Après avoir assuré la première partie de NIN, Marilyn Manson a une petite notoriété, non seulement en Floride, mais plus généralement aux Etats-Unis. NIN, signé chez Interscope, aide Marilyn Manson à décrocher un contrat, commence alors l’enregistrement tumultueux de Portrait of An American Family, disque qui a bien failli ne jamais voir le jour sans l’intervention de Trent Reznor : Marilyn Manson reprend sur le titre « My Monkey » une des chansons de l’album « Lie » de Charles Manson – « Mechanical Man ». Interscope a alors pas mal de problèmes avec la version de « Look at Your Game, Girl » d’Axl Rose, reprise de Charles Manson, et doit indemniser les familles des victimes de la Manson Family. L’ironie de l’histoire étant qu’Axl Rose s’est fait souffler l’idée par Manson himself en backstage d’un concert de U2, il n’avait avant cela aucune espèce d’idée du fait que Charles Manson avait pondu un album avant de devenir célèbre pour d’autres raisons. Quelques semaines de négociation plus tard, Interscope accepte de faire figurer « My Monkey » sur l’album.

C’est en 1994 que paraît « Portrait Of An American Family », sur le label de Trent Reznor Nothing Records, hébergé par Interscope. Cet album déterre en un grand cri de révolte tous les tabous de l’Amérique puritaine. Manson se sert de toutes les déviances, et combat cette Amérique sur tous les fronts.

L’album s’ouvre sur  « Prelude (The Family Trip) » poème bizarre tiré de Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl (le moment où Willy Wonka embarque ses invités dans un bateau incontrôlable), référence majeure de l’album. Ainsi, Willy Wonka – incarnation de toutes les perversions – est comme l’alter-ego de Manson. Et Wonka est partout : le logo sur la pochette, les motifs en confiserie partout dans le livret, et surtout dans le clip (génial) de « Dope Hat », un des meilleurs morceaux de l’album, rejouant pour l’occasion le fameux « Family Trip » (et surtout, largement inspiré du film de 1971):

L’enfance pervertie par le chocolat, c’est le jeune Brian coincé dans la cave de son grand-père, forcé d’assister à une séance de masturbation bruyante à peine dissimulée par le bruit d’un petit train électrique. C’est aussi toute une scolarité d’interdits à la Heritage Christian School, interdit de sexe et de Rock, de chocolat – et donc de drogue. Manson, dans cet album, fait une relecture complète du célèbre roman de Roald Dahl, exposant sans ambiguïté ce que signifie le chocolat pour lui (et probablement aussi pour l’auteur, beaucoup d’interprétations du roman se rapprochent de celle de Manson).

Mais les références ne s’arrêtent pas à Willy Wonka. Du Twin Peaks de David Lynch (« Wrapped in Plastic »), à la citation de Richard Ramirez dans « Snake Eyes and Sissies », en passant par Aleistor Crowley (« Misery Machine ») et « Le Dernier Tango à Paris » (« Cake and Sodomy »), tout l’album fourmille de références, de samples, de voix plus ou moins dissimulés derrière des riffs enragés ou une bouillie d’autres sons.

L’album, enfin, se révèle politique. Dans « Lunchbox », il fait référence à une vieille législation en vigueur en Floride interdisant les mallettes à déjeuner en fer – au motif que les enfants s’en servaient comme arme. Là, Manson pointe l’absurdité d’une politique sparadrap qui se contente de cacher les plaies pour ne pas voir les symptômes et surtout les causes de la violence. Encore de la saleté que l’on jette négligemment sous le tapis du salon. Dans « Get Your Gunn », Manson prend position contre les mouvements Pro-Life, en faisant référence au Docteur Gunn (d’où les deux ‘n’ de « Gunn »), médecin assassiné par des Pro-Life pour avoir pratiqué l’avortement. Dans « Dogma », il parle plus clairement de cette mauvaise habitude qu’a l’Amérique de désigner des boucs émissaires plutôt que de se rendre à la source du problème : « Brûlez les sorcières, brûlez les sorcières, / Ne prenez pas le temps de recoudre vos plaies / Brûlez les sorcières, brûlez les sorcières / Ce que vous favorisez est bon, votre saveur rancie est mauvaise / Vous ne pouvez pas mettre sous sédatif toutes les choses que vous détestez. »

Mais plus généralement, Manson dénonce dans cet album le mythe américain du « Tu deviens ce que tu veux devenir » en déclarant « Je suis devenu ce que vous avez fait de moi ». La vision Américaine et libérale de la responsabilité individuelle est mise à mal, en interrogeant la responsabilité collective de la société Américaine. Et c’est un des grands thèmes de l’œuvre de Manson : l’éducation et la jeunesse. Manson frappe donc dès le départ là où ça fait mal : les prétendus principes qui ont fondé le très artificiel « American Dream ». Et tout au long de sa carrière il ne renoncera pas à ce leitmotiv : « Je suis un pur produit made in America ». L’ambition de Marilyn Manson est d’incarner l’Amérique, celle qui ne se cache pas derrière un sourire colgate, celle des tas de poussières cachés sous tous les tapis des pavillons de banlieue de la sacro-sainte « Middle class » Américaine, celle des boucs émissaires – Marilyn Manson met l’Amérique face à ses démons.

Smells Like Children

Marilyn_Manson_Smells_Like_Children-frontEn 1995 sort, par erreur, « Smells Like Children », un album de remixes, de titres inédits et de reprises. En vérité, il était supposé être un EP pour assurer la promotion de « Dope Hat ». Mais cet album étrange, dans la droite continuité de « Portrait Of An American Family », est loin d’être inintéressant. D’abord parce qu’il contient LE tube de Marilyn Manson, à savoir sa célébrissime reprise du « Sweet Dreams » d’Eurythmics, version dont il avait rêvé quelques mois auparavant. Mais également par les références. Toujours hanté par l’enfance, l’album contient de nouveau une référence à Roald Dahl, mais cette fois moins évidente. Le titre « Shitty Chicken Gang Bang » est une allusion au film « Chitty Chitty Bang Bang », film narrant les aventures dangereuses d’un inventeur et de ses enfants, et dont le scénario est co-écrit par un certain… Roald Dahl. Enfin, la référence plus qu’évidente au célèbre roman « Le Parfum » de Patrice Süskind, dans lequel Jean-Baptiste Grenouille à l’ambition de capturer l’âme de jeunes filles en les assassinant afin de prendre leur parfum. Ici, il s’agirait de prendre l’innocence des enfants. Et pour cause, il décrira cet album comme « un album pour enfant destiné aux gens qui n’en sont plus ».

Enfin, sa reprise de « Rock’n’Roll Nigger » de Patti Smith contient son propre message: « I am the all american Antichrist / I was made in America / And America hates me for what I am. » (Je suis l’Antéchrist de toute l’Amérique / J’ai été fait en Amérique / Et l’Amérique me hait pour ce que je suis.). Décadence, déclin, chaos, les thèmes sont nombreux et contamineront fortement son œuvre à venir.

Marilyn Manson se transforme peu à peu en machine à remplir les stades, avec des prestations live controversées voire interdites (à Salt Lake City, notamment, interdit de concert, il se mettra cependant dans un coin de la scène pendant le set de NIN et déchirera méthodiquement, page par page, le livre Mormon en répétant « Il m’aime, il ne m’aime pas, il m’aime… ». Ce happening illégal lui vaudra d’être interdit de passage dans l’Utah jusqu’à très récemment). Prestations qui lui assureront une réputation de bête de scène. Mais surtout, il attisera la colère des associations chrétiennes et familiales, comme le très puissant lobby « American Family Association » à l’origine de toutes les légendes les plus dégueulasses sur Manson : Pédophilie, zoophilie, appel au viol et au meurtre… etc.

Une chose est certaine : en deux ans, Marilyn Manson a réussi à alerter l’Amérique puritaine, à la choquer, à la bousculer, à travers deux albums qui ne sont, pour Manson, qu’un avertissement.

Sincères Condoléances,
Oskar Kermann Cyrus

Bonus: « Dope Hat » live Austin 1995

Publicités

Posez une bombe

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s