Chroniques de Sodome – Fragments

Chroniques de Sodome

Sodome, Année 0, papier froissé

  1. La Ville brûle et j’ai tout perdu. Ils ont construit leur monde sur nos ruines enflammées : Année zéro. Nos cadavres sentent la traîtrise, mais c’est là toute Son odeur : Il nous a embrassé. On l’appelle Dieu, Satan – nommez-le comme bon vous semble – maître du mensonge, qui tire les ficelles de ce qu’Il refuse aux Hommes, ce même à quoi Il n’a pu résister. La tentation salace de la luxure. Vermine immuable, fleur intuable, vomissant Sa clarté sur la voie jaune des traîtres. Que Ses rayons me tuent… Que Sa voix me dépasse… Son image me trouble la vue d’une inégale attirance, désir décapité par Ses flammes – désir impur, désir sale.

  1. Des monstres vomissent de mes yeux, j’ai les genoux sur un parterre de lames, j’ai pris Dieu pour amant : j’ai tout perdu.

  1. Mon ventre se tord sous Ses mots durs. Je ne veux pas de Ses femmes – machines réglées avilies et amnésiques – ces esclaves méprisées dont il a arraché et le regard et la liberté. Je refuse et Ses yeux me blessent d’un sourire. Un jour, j’ai vécu la cruauté semblable en tout point à cet éclat. Ce sourire froid d’acier pur qui orne Bien et Mal d’une égale brillance. La douleur de mes genoux sur ses larmes de rasoir.

  1. Anachronisme. Montre brisée de mes jours morts, j’ai tué le temps à penser à Lui. Nous tous sommes pris des mêmes maux. Il a injecté dans nos veines le même poison – ses yeux bleu glacés – Son amour éternel jouissant sur notre servitude.

  1. Anachronisme. Je me sens dépassé. Les pages se tournent et ils ne nous promettent que des pages brûlées. Nous écrirons sur du papier froissé.

  1. Sans vie. Partout le désert, en attente de l’exécution de la menace. Rayon violet de Ses yeux. Oméga, sanglant théâtre de Son voile, rideaux détendu au coin de Son regard ; cette odeur, cette couleur ! Éblouissante obscurité, pourriture, horreur diffuse de Son auto-crucifixion. Mensonge.

  1. Là, las nous arrivons. Au sommet du monde nous nous affaissons. A Ses pieds, mourants, nous nourrissant d’extase, allaités par les bribes toxiques d’un faux savoir, nous nous indignons : arrachons cette perfusion qui nous empoisonne !

  1. Crucifixion. Certains d’entre nous sont morts, tués sur Sa croix, torture de Ses vœux.

  1. A genoux, mouillés des rires de Ses disciples ; Il fait pleuvoir sur nous la fronde des insectes colonisateurs. Les vers dans yeux. Les fourmis dans notre bouche ; Rêve, cauchemar, douce horreur, créature de rien, esprit d’erreur, Il joue de Ses doigts de vent dans les entrailles de nos crânes. Jouer, ou mourir.

  1. Renier. Oublier. Effacer ou : mourir. Le supplice est simple, il s’agit de rire. Rire à la mort des amants sacrifiés aux pieds de Son trône. Rire des tortures qui nous fouilleront les entrailles. Rire de notre condition première, de nos désirs, de nos amours. Croire qu’Il est innocent, être bien naïf. Immense créature transparente et despotique, colosse invisible dont on ne perçoit que la lumière, dont on n’entend que la voix. Son souffle : la tempête méprisante du créateur. Un ogre : Notre Père. Un Nom : vide, absence angoissante, identité creuse, Dieu : Invention tronquée, mais trop libre.

  1. Présence Diaphane. Dans l’étourdissement, délire anachronique, je ne vois que Sa main au-dessus de mon visage. Il couvre le monde et m’empêche de voir. Je suis neutre et lent, j’oublie presque tout : mon nom… Mon nom… Mon nom !

  1. «  Écoute, fils bâtard, toi qui entends braver ma loi, écoute ! Tu as couché avec un homme comme on couche avec une femme, repends-toi ! Le pardon t’es promis, je t’offre la damnation ! Tu as baisé ta propre image, tu n’admettais plus de Dieu ; réjouis-toi, c’est mon frère que tu fréquenteras. Écoute, fils bâtard, tu as survécu aux insectes, aux vers, aux rires, aux mouches. Tu n’as plus de nom et ton existence s’efface. Autour de toi tous t’ont déjà oublié ! Écoute, fils bâtard, meurs et repends-toi ! »

  1. Il fait sombre, l’air trop lourd brûle nos poumons, il y a des morts à nos pieds et l’on entend des enfants pleurer. Où va ce train d’Enfer ? Il roule par la peur. Sur nos cœurs est tatouée la couleur ternie du triangle rose.

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