Le sanctifier

Quelle douce musique, douce musique, qui résonne dans la maison de Dieu. Sous Sa lumière sous les vitraux, sur le sol mouillé par l’hésitant soleil du soir, quelle douce musique, douce musique, l’élégante supplique vibrée par nos deux corps, corde sensible de sa voix, quelle jolie plainte, quelle douce musique. Sa peau blanche sous la lumière, jaune et rouge et verte et bleu, une auréole projetée sur sa poitrine nue, quelle douce musique et le mouvement, rappel du thème, douce musique, l’élégant déhanchement, sur la pierre froide dans la maison de Dieu.

Quelle douce musique qui chante si haut si bien dans la maison des saints, douce plainte, douce supplique, qui chante si haut si bien dans la maison du Seigneur. Dans la demeure de Dieu.

Et qui respire. Et qui halète. Et qui souffle. Et qui vibre. Quelle douce musique.

Quelle douce musique.

*

Quand les portes se sont ouvertes c’était pendant la messe pas au milieu, non, pas au milieu mais un peu en retard il est entré a fermé la porte s’est assis et j’ai croisé son regard. Il s’est assis sur un banc au fond, pas dans l’ombre un rayon de lumière tombait sur ses cheveux dorés, il a levé les yeux j’ai tourné la tête et continué à prier.

Il était silencieux immobile, on dirait qu’il voulait ne pas exister sur ce banc, il voulait qu’on ne le remarque pas on croirait, il était sous un rayon de soleil brouillé par les vitraux, un peu de jaune et de bleu, un peu de feu et de ciel, il baissait la tête et semblait ne pas vouloir respirer il était calme et beau, calme et beau.

La fin de la messe est arrivée je suis sorti après tout le monde sur le parvis de l’église il était là, j’ai salué tout le monde et me suis tourné vers lui, je voulais lui parler.

Sa voix était douce son timbre délicat. Je voulais lui parler il m’a souri et je l’ai salué, il est parti un air joyeux collé sur son visage il était calme et beau, calme et beau, on s’est promis de se revoir pour parler, un air joyeux collé sur son visage.

*

Le lendemain je l’ai croisé on s’est assis sur un banc on s’est parlé, il était beau c’était étrange, son sourire et ses yeux, il était touchant, un peu timide, on s’est parlé peut-être une heure. Peut-être une heure et demie.

On s’est quitté quand le soleil déclinait.

*

Finalement si sensible au péché, rentrer tremblant de cette première rencontre j’étais terrifié. Je pensais que c’était que les autres, ça n’arrivait jamais, moi et mes désirs floués, frustrés, cloués, cloisonnés, je pensais que ça n’arrivait que dans les livres, dans les films, dans les séries à la télévision je pensais que j’avais honte mais j’avais peur, terrifié par mes désirs d’homme banal, désir sanglé au ciel à la promesse d’un ailleurs et d’un après, je pensais Jamais, je ne veux pas jamais, jamais je ne serai, jamais jamais.

J’ai un peu sangloté. Je me suis senti pitoyable. J’avais la peur crispée au ventre, le nœud douloureux dans le cœur la gorge et ça frappait dans ma tête j’ai pris un somnifère, j’ai pris une petite pilule blanche, une pilule je me suis allongé, première rencontre, désir d’homme banal, désir d’homme fatigué.

J’ai sombré.

*

Rencontrer la violence de la pierre, dans l’église seul je pensais que je trahissais Dieu et mon ministère, pourtant je ne pouvais le nier, à genoux devant la croix je me sentais cloué floué frustré je sentais le désir, je voyais Son sang comme un fleuve sévère couler de son cœur jusqu’à mon front mon visage crispé je priais pourtant, je priais, je priais.

J’avais la douleur en héritage, la douleur en héritage le cœur coupé sur le bois de la croix, je me sentais vide et creux, vide et creux, j’avais les yeux plein de sel et de cristaux j’attendais, j’acceptais, l’épreuve et la faute il le fallait, pour mieux vivre pour mieux mourir, peut-être je le voulais, et puis je me calmais.

J’acceptais. J’attendais.

Il est entré en poussant la porte, il n’y avait personne il souriait, on avait convenu qu’il viendrait il n’était pas en retard cette fois, il a fermé la porte et s’est avancé dans la nef, religieusement, après s’être signé, il s’est agenouillé devant l’autel les yeux levé vers la croix. Dans ma tête l’orage faisait moins de bruit et les nuages se sont évanouis.

Son regard bleu était comme une invitation.

*

Quelle douce musique, douce musique, que sa plainte aiguë sous la croix sous l’autel, douce musique, douce musique, le frottement de mon corps contre le sien, le jaune le vert le rouge le bleu sur sa poitrine nue, sur ses joues sur sa peau humide, quelle douce musique ses gémissements mouillés sous Sa lumière.

Quelle douce musique qui s’accélère qui respire qui halète qui crie maintenant, qui chante si haut si fort dans la maison de Dieu, quelle douce musique, douce musique il est si bon d’être dedans, si chaud si froid sur la pierre dure, le sanctifier, le sanctifier, le déchirer lui montrer le plaisir monter vers la lumière quelle douce musique, douce musique qui monte et s’accélère, et qui va vite, le sanctifier, le sanctifier, le déchirer sous mon corps libéré merci Seigneur de Ta lumière, le sanctifier une auréole greffée à sa poitrine nue et qui crie sous ma peau humide, le sanctifier, le sanctifier qui halète et qui lâche une dernière plainte son corps tremblant son corps mouillé.

Le sanctifier merci Seigneur.

Sous Ta lumière le déchirer.

*

Je regarde le paquet de cigarette et me dis que finalement je n’étais plus qu’à un péché du paradis. On se rhabille il baisse la tête, je sens la honte la peur la violence du ventre qui se noue. Je glisse une main caressante sous son menton Regarde-moi, regarde-moi, j’essuie une larme sur sa joue je lui dis C’est pas grave, c’est pas grave, ça ira mieux demain.

Ça ira mieux demain.

Il acquiesce hésitant je lui dis C’est notre secret maintenant, notre secret.

Ne le dis pas à ta mère, je lui dis.

Ne le dis pas à ta mère.

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