Heavy WAR : Goth, la vague froide

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Encore une chronique que les puristes devront fuir. Pas beaucoup de Metal par ici, non. Aujourd’hui, nous allons faire un tour dans la crypte, rencontrer les Goths, ces créatures de l’ombre que je côtoie naturellement comme tous les damnés de cette planète. La culture gothique prend sa source à la renaissance, quand l’Homme, en proie au doute, commence enfin à accepter sa finitude, et peut-être même l’absence de Dieu pour le guider, c’est l’époque des vanités. Autre source majeure de cette culture, les poèmes blasphématoires de Baudelaire et le romantisme noir du dix-neuvième siècle. Cette culture profondément humaniste, désabusée, née sur les décombres du Moyen-Âge, renait musicalement des cendres du mouvement punk. C’est l’époque Post-Punk / Dark-Wave, l’époque de la musique Goth. Les années 80, underground.

Joy Division, l’avenir au bout d’une corde

Chaque église musicale a ses martyrs. Le rap a Tupac. Le rock Jim Morrison. La soul Amy Winehouse. Les goths ont Ian Curtis. Précurseurs du « rock gothique », les Joy Division trainent pourtant une sale réputation. Faisant référence à l’exploitation sexuelle de déportées par l’armée allemande dans les camps, le nom de Joy Division en remplace un autre, Warsaw, référence au ghetto de Varsovie. Leur premier EP reprend pour sa pochette une affiche des jeunesses hitlériennes, et le groupe fondé sur les cendres de Joy Division, New Order, porte le nom d’une mouvance particulièrement radicale de l’extrême-droite européenne.

Aucune sympathie Nazie à craindre, la musique et les textes de Joy Division s’inspirent surtout de Manchester. La pauvreté, l’absence d’espoir, la sensation de cette banlieue froide, le Royaume-Uni qui trime et qui souffre, la jeunesse désabusée, le manque de perspectives et d’idéaux, Ian Curtis fait renaître les vanités de la renaissance dans une version moderne. A quoi bon ? De quoi sommes-nous certains ? Où allons-nous ? Ian Curtis ne répondra jamais à ses propres questions et se pendra en mai 1980, à l’âge de 23 ans.

Siouxsie, prêtresse punk

Cela fait depuis 2007 que la belle Siouxsie, retirée dans le sud de la France, nous promets un successeur à l’immense Mantaray. Peut-être va-t-elle un jour tenir sa promesse ? Toutefois aujourd’hui, le silence est de mauvais augures…

Siouxsie pour la majorité d’entre vous, c’est surtout Siouxsie & the Banshees. Légende du rock, ce groupe mythique a fait les beaux jours (!) des soirées Cold-Wave européennes, et est encore aujourd’hui vénéré par la communauté gothique comme un sommet inégalable.

Après plusieurs retours du groupe, Siouxsie Sioux décide partir en solo. En 2007 elle sort Mantaray, magnifique album portant en lui tout l’héritage de la Cold-Wave et du rock gothique version 2007, avec peut-être même un peu de blues dans la voix.

The Sisters of Mercy, les putains du Diable

C’est à ce moment que vous vous apercevez que le Goth est britannique. Oui, c’est vrai. Un des groupes fondateurs du genre, probablement un des plus emblématiques, est fondé à Leeds en 1980 par Andrew Eldritch et Gary Marx, d’après la chanson du même nom de Leonard Cohen. Ayant toujours nié l’évidence de leur appartenance au mouvement Goth, les Sisters n’en sont pas moins des mythes vivant de la communauté gothique.

Peu d’albums, beaucoup d’EP, les Sisters sont aussi célébrés pour leur prestations live, les nappes de fumée et les jeux de lumières portant le concert au niveau de cérémonie mystique, plus proche du prêche religieux que de l’expérience musicale.

Rosa Crux, le cri primal

Hep ! Des français ! Si ! Encore en activité ! Si ! S’il doit y avoir deux représentants à la scène Goth contemporaine, il y a Rosa Crux en France, et Sopor Aeternus & The Ensemble of Shadows en Allemagne. Rosa Crux est presque aussi prolifique que les Sisters : avec trois albums en vingt ans, et un quatrième en route depuis quelques années déjà, Rosa Crux n’est pas vraiment un groupe de studio.

S’ils sont demandés dans toute l’Europe, c’est pour leurs incroyables prestations live. Leur musique, plus chaotique, aux influences religieuses très fortes, et de cultures très différentes, cherche à questionner l’instinct en nous, le cri primal, ce qui reste au plus profond de nous, enfoui. Rosa Crux creuse dans la boue, dans le sang et les larmes. C’est surtout le seul groupe à avoir fait forger son propre carillon de cloches, évitant ainsi le son de cloches de synthé. Expérience bouleversante, un concert de Rosa Crux ne se rate pas.

Sopor Aeternus, l’ensemble des ombres

La papesse gothique, c’est elle. Anna Varney Cantodea, personnage transgenre mystérieux que personne n’a vu depuis plus de vingt ans. Produisant dans le plus grand secret des albums qui sont pour elle « une thérapie » qu’il serait « stupide » de répéter en live. Depuis vingt ans, donc, Anna Varney n’a pas donné le moindre concert, et ne s’est jamais montré en public. Les interviews se font par mail, plus rarement par téléphone, mais aucun journaliste n’a jamais pu approcher la créature en vrai.

Profondément dépressive, Anna Varney ne fait pas vraiment de la musique joyeuse. Mais les influences Cold-Wave sont assumées par le synthé et l’electro venant moderniser une musique neo-médiévale sombre et sans espoir. Le chant s’inspire quant à lui de la tradition japonaise du No, théâtre absolument incompréhensible et insupportable pour nous occidentaux. Un chant solennel, donc, mais aussi très sensible, où l’émotion déborde très vite pour nous inonder d’une rage destructrice et d’une tristesse profonde.

Et puisque je suis d’humeur à vous faire des cadeaux, voici la rencontre, inévitable, entre Anna Varney et Edgar Allan Poe. Album que je vous conseille d’acheter en version physique signée et numérotée (je crois qu’il en reste encore quelque uns).

Sex, music, moonlight,

Oskar Kermann Cyrus

Bonus : la playlist de la chronique, plus des tas d’extras à savourer avec un bon verre de sang, dans une cave sombre et froide avec bougie et tout le folklore. (Le premier qui s’étonne de l’absence de The Cure ou du nouveau boys band goth-lafoir’fouille Ghost je lui envoie un coli piégé)

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2 réflexions sur “Heavy WAR : Goth, la vague froide

  1. Siouxsie, Ses disques sont écoutés par plein des musiciens connus qui n’ont rien à voir avec le genre dont il est question ici et ses singles sont par essence pop. Je dis ça en passant.

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