Maxime Chattam vous vend (cher) un gros numéro du Nouveau Détective

91Rz-JCK1dL._SL1500_malakodanul2Rarement un aussi mauvais livre aura été doublé d’un délire idéologique aussi nauséabond. J’ai pourtant lu presque tous les thrillers de Chattam, mais les autres se contentaient d’être de bons divertissements, un peu gores, flirtant peut-être un peu trop avec cette pseudo-science qu’est la criminologie, obsession américaine à chercher une explication à son taux de criminalité qui n’implique pas le système en lui-même. La Trilogie du Mal est désormais un classique du genre, même s’elle vieillit mal, et se lit plutôt bien les soirs d’orage. La patience du Diable, dernier méfait de Maxime Chattam, squatte les têtes de gondoles de toutes les librairies avec la promesse de vous offrir le même frisson. Afin de vous éviter de payer cher cet épais torchon, je l’ai lu pour vous.

Je vais être direct : tout est mauvais. Chattam s’est fait une spécialité des intrigues incroyables, tentant de dépasser à chaque livre les frontières de l’horreur, décrivant des tueurs de plus en plus violents, sadiques et cruels… Il fallait bien qu’il se prenne un jour les pieds dans le tapis de cette stratégie très marketing du « toujours plus ». D’horribles, ses intrigues sont devenues ridicules. La conjuration primitive, déjà pas très brillant, amorçait doucement cette chute, mais rien ne nous laissait alors penser qu’il pourrait un jour écrire roman aussi mauvais que cette absurde Patience du Diable.

Nous suivons de nouveau la gendarme (moi non plus je ne comprends pas pourquoi des gendarmes) Ludivine Vancker, hantée par la mort de son collègue dans l’affaire narrée dans La conjuration primitive. Alors qu’elle et ses collègues s’apprêtent à prendre en flag des trafiquants de drogue, quelle n’est pas leur surprise quand ils découvrent la marchandise : de la peau humaine. C’est là que ça se gâte. Le dealer de peau, un esprit un poil dérangé, raconte qu’il connaît « le Diable ». Parallèlement, deux ados font un carton plein dans un train : cinquante morts. Une fusillade dans un restaurant, une attaque à l’acide dans un supermarché… tous sont influencés par « le Diable », un criminel de génie.

Je ne vous cache pas que d’un point du vue littéraire, Chattam n’a jamais été brillant, mais dans ce livre, c’est une catastrophe : les dialogues sont mauvais, les personnages absurdes, les expressions toutes faites bouchent les trous de son manque d’inspiration manifeste, et l’intrigue parfaitement grotesque achève de nous convaincre que l’auteur est à bout de souffle. Le personnage du flic hanté par le crime et le Mal, sorte d’ange-gardien torturé œuvrant pour le Bien, protégeant les pauvres moutons que nous sommes, cliché déjà rongé jusqu’à l’os par le non moins délirant Grangé, sonne ici plus faux que jamais, et le psychiatre maléfique (oui, je vous raconte la fin, comme ça vous ne l’achèterez pas) n’est qu’un vague foldingue à peine flippant. Ce livre se résumerait donc à un énorme plantage, s’il n’était pas contaminé par un délire mystico-sécuritaire puant.

Grangé va lui aussi très loin dans le délire, mais lui se contente de rester dans un prêchi-prêcha religieux finalement assez pathétique. Chattam, lui, se lâche. Déjà obsédé depuis quelques livres par la violence et le Mal (oui, le Mal avec un grand M, le Diable, quoi), il dégueule dans celui-ci un discours sécuritaire complètement délirant, surfant sur le sentiment d’insécurité pour vendre du papier, à l’instar de la presse réactionnaire nationale. Se servant de cette obsession très américaine de la criminologie, idéologie très contestée obsédée par la recherche d’une origine biologique de la violence (ce qui permettrait à la fois de dédouaner la société américaine et de justifier la peine de mort), Chattam assimile tranquillement la « grogne sociale » à la criminalité, l’anticapitalisme à une forme de satanisme luttant contre la société du Bien, donc de Dieu. La lutte sociale se retrouve terrorisme, la délinquance des cités assimilée à la violence des tueurs en séries, et la confusion règne dans un monde chaotique dont la seule porte de sortie reste le capitalisme, système « résiliant » et parfait, qui apporte « l’espoir » au peuple qui, surtout, ne doit pas broncher.

Honnêtement, j’ai terminé le livre partagé entre une grande envie de rire et un fort sentiment de perplexité : l’auteur se contente-t-il de surfer sur la peur et la violence pour vendre (cher) sa version vaguement augmentée du Nouveau Détective, ou croit-il réellement à son discours ridicule, ce qui relèverait de la psychiatrie… ou du fascisme ? La question reste ouverte. En attendant la réponse, tournez-vous vers un autre livre pour occuper vos vacances : celui-ci ne mérite que l’autodafé.

Nestor Malakoda

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